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A Melle, l’art contemporain investit les rues et les débats du monde

Dans la cité poitevine de Melle (Deux-Sèvres), une vingtaine d’artistes contemporains ont investi pour deux mois façades, commerces et lieux publics afin de traduire les bouleversements politiques, sociaux et environnementaux récents d’une « planète en crise ».

Sobrement intitulée « Habiter la terre », la cinquième édition de la biennale d’art contemporain de Melle, qui se tient jusqu’au 18 septembre, assume le parti pris d’interroger en profondeur les sujets existentiels surgis d’une actualité en perpétuel mouvement.
« Pour moi, l’enjeu éthique de l’art compte beaucoup plus que l’enjeu esthétique. Un artiste n’est pas un ovni, il a des choses à dire », résume Dominique Truco, directrice artistique de la biennale depuis son lancement en 2003, convaincue que l’art permet de « comprendre le monde autrement ».

Le Printemps arabe, l’explosion de la centrale nucléaire de Fukushima, les défis écologiques, les migrations et les frontières : autant de sujets brûlants dont les vingt-quatre photographes, sculpteurs, vidéastes, plasticiens, originaires d’Europe, d’Afrique et d’Asie, se sont emparés.
« Habiter la terre », jusqu’au 18 septembre à Melle, www.biennale-melle.fr

Ségolène Royal : « La France doit être aux côtés des inventeurs d’âme »

Ségolène Royal, Présidente de la Région Poitou-Charentes, a prononcé ce discours sur la Culture lors de l’ouverture des Nuits Romanes à Melle, samedi 2 juillet 2011, qui a réuni 3500 personnes. Ségolène Royal a rappelé que la Culture constitue un droit humain mais aussi une force pour le pays.

Voici le texte du discours de Ségolène Royal ainsi que la vidéo.

Ouverture des Nuits Romanes à Melle le 2 Juillet 2011

 

Bienvenue à Melle, à toutes et à tous !

Je suis très heureuse d’ouvrir ce soir avec vous la 7ème édition de ces Nuits Romanes qui vont, durant tout l’été animer ce patrimoine exceptionnel du Haut-Moyen Age.

Avec près de 800 églises, abbayes et autres édifices qui jalonnent les chemins de St Jacques de Compostelle, le Poitou-Charentes est l’une des terres romanes les plus riches de France. Cela méritait d’être mis en valeur et mis à la disposition de tous.

Comme chaque année, c’est la commune de Melle, siège du centre régional Art Roman, qui se mobilise pour cette soirée inaugurale et je l’en remercie chaleureusement. Nous sommes ici au cœur d’un Pays d’art et d’histoire que la Région accompagne dans ses actions de restauration et d’animation de ses beaux monuments.

L’église Saint Hilaire, joyau de l’art roman classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO, accueille, pour notre plaisir à tous, un spectacle spécialement créé pour la circonstance par l’ensemble Ars Nova et l’école nationale du cirque de Châtellerault. Nous pourrons ensuite admirer les illuminations et les installations de feu de la compagnie Carabosse. Je salue tous ces artistes qui vont enchanter ce lieu magnifique.

Tel est le parti-pris des Nuits Romanes que j’ai créé avec la Région en 2005 : faire dialoguer les œuvres d’hier et les arts d’aujourd’hui. De 35 soirées en 2005, nous proposons cette année 112 soirées programmées dans plus d’une centaine de sites, gratuites et pour la très grande majorité situées en milieu rural.

Ni barrière de l’argent ni inégalité territoriale : c’est notre choix et notre conception de l’action publique.

Ce festival unique en France rencontre un succès croissant : 1.500 participants pour la première édition, 30.000 l’année dernière, habitants de tout le Poitou-Charentes et visiteurs de plus en plus nombreux.

Avec plus de 1000 artistes et techniciens issus de 120 ensembles musicaux, compagnies et entreprises culturelles qui témoignent des talents de notre région, avec ses près de 900 bénévoles mobilisés, les Nuits Romanes sont, deux mois durant, un temps fort de la démocratisation de la culture à laquelle nous tenons.

La musique, le chant, la danse, le théâtre, le cirque, les arts de la rue… toutes les disciplines, tous les styles, tous les imaginaires se mêlent pour la découverte festive de ce patrimoine roman dont nous sommes fiers.

L’art roman

Partout dans le Poitou, l’Aunis et la Saintonge, la fièvre constructrice de l’âge roman a laissé son empreinte, dans les grandes villes comme dans les plus petites communes. Nos monuments urbains en témoignent et nos paysages en ont été façonnés, même quand ils ne gardent que la trace ténue d’un donjon ou d’un château fort roman aujourd’hui disparu. Cet héritage constitue une dimension historique et esthétique importante de notre identité régionale.

La beauté romane allie la sobriété des formes,

la finesse du travail de la pierre,

la pénombre d’une lumière profonde

et la ferveur d’une architecture d’espérance

qui garde, un millénaire plus tard, le pouvoir de nous émouvoir.

Pour que naisse et se déploie dans toute l’Europe,

avec des déclinaisons particulières à chaque région,

ce style roman si abondamment présent en Poitou-Charentes,

il fallut le talent initial des maçons de Lombardie,

le savoir-faire des tailleurs de pierre d’ici,

le souvenir des arts de l’Antiquité gréco-latine et perse,

l’influence architecturale et ornementale de l’Espagne arabo-musulmane,

le volontarisme réformateur et bâtisseur du puissant ordre de Cluny avec ses 2.000 monastères affiliés

et ces pélerins allant à pied par milliers

sur des routes qui convergeaient vers les Pyrénées,

ponctuées d’églises et d’abbayes

d’abord édifiées pour baliser leur chemin et accueillir leurs haltes.

Le calcaire tendre de notre région se prêta bien aux sculptures des tympans, comme on le voit aussi sur les façades de St Pierre d’Angoulême ou de Notre-Dame la Grande de Poitiers.

Les mosaïques d’antan inspirèrent les fresques murales dont l’abbatiale de Saint Savin de Gartempe – que Malraux appelait « la chapelle Sixtine de l’art roman » – témoigne avec splendeur.

La statuaire, les vitraux, les émaux, l’enluminure des manuscrits, l’orfèvrerie, la musique, la littérature… tout convergea pour inventer un art nouveau, nourri de sources multiples et en même temps radicalement original.

Le legs de cet élan créateur méritait d’être conservé et restauré mais aussi animé et partagé. Comme un bien commun dont la beauté peut parler à chacun. Car c’est d’abord cela, le patrimoine que l’abbé Grégoire, pendant la Révolution, définissait comme « la propriété de tous » à laquelle la nation devait sa protection.

Une conception de la culture

Nos Nuits Romanes, c’est toute une conception de la culture et sa mise en pratique.

C’est l’idée que connaître son passé et ce que l’art nous en dit aide à se situer dans le présent et à se projeter vers l’avenir.

C’est aussi l’idée que ces œuvres qui expriment la puissance créatrice et la vision du monde de ceux d’avant méritent une découverte accessible à tous.

Nos Nuits Romanes, c’est la conviction que la culture ne doit pas être réservée à quelques uns mais constitue un droit humain, car c’est une dimension de la vie et, comme le disait Malraux que vous me pardonnerez de citer à nouveau, « ce qui a fait de l’homme autre chose qu’un accident de l’univers ». Lire la suite