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Ségolène Royal était l’invitée de Jean Pierre Elkabbach sur Europe 1

EUROPE 1 – L’INTERVIEW POLITIQUE – Le 03/05/2012 – 08:24:00

Invitée : Ségolène ROYAL, présidente PS de la région Poitou Charentes

Jean-Pierre ELKABBACH

Bienvenue Ségolène ROYAL, bonjour.

Ségolène ROYAL

Bonjour.

Jean-Pierre ELKABBACH

Pour le 6 mai, qu’est-ce que ce débat si vif d’hier va changer ou peut changer ?

Ségolène ROYAL

Beaucoup de choses. D’abord François HOLLANDE a dominé le débat, il a été déterminé, volontaire, combattif et il a réussi à incarner le changement que nous attendons.

Jean-Pierre ELKABBACH

Il vous a impressionnée ? Même si vous le connaissez bien.

Ségolène ROYAL

Oui parce qu’il a su répondre à toutes les attaques qu’il subissait depuis plusieurs mois. On le disait non crédible, il a démontré sa crédibilité supérieure à celle de monsieur SARKOZY. On le disait indécis, il a montré avec précision qu’il avait réponse à l’ensemble des sujets qui se pose aujourd’hui aux Français. On le disait mou et il a été au contraire extrêmement vif, tonique, et il ne s’est pas laissé acculé dans les cordes.

Jean-Pierre ELKABBACH

Est-ce que vous l’avez trouvé meilleur que la candidate de 2007 ?

Ségolène ROYAL

Je crois qu’on ne peut pas comparer les choses dans la mesure où il avait en face de lui un candidat sortant, et ce qu’il a réussi à faire c’est de ne pas laisser monsieur SARKOZY échapper à son bilan.

Jean-Pierre ELKABBACH

Alors que Nicolas SARKOZY avait probablement choisi de se montrer calme. Il a eu raison, il a eu tort, est-ce que vous avez le sentiment que pendant ce débat il vous a vengé François HOLLANDE ?

Ségolène ROYAL

Je ne suis pas du tout dans cet état d’esprit, nous sommes à une autre époque. Le combat était beaucoup plus difficile en 2007 puisque Nicolas SARKOZY n’tait pas sortant. Et aujourd’hui la situation de la France n’est pas la même non plus. Et on a vu que des réponses crédibles étaient apportées non seulement à la question de la croissance, à la question du chômage, à la question de la dégradation de l’école et à la question des inégalités fiscales dont le pays a souffert pendant cinq ans.

Jean-Pierre ELKABBACH

Alors ceux qui ne sont pas des dévots de François HOLLANDE et qu’on trouve dans les réactions ou dans la presse avancent deux arguments critiques. Ils disent 1/ le ton de supériorité et d’arrogance utilisé par François HOLLANDE – peut-être qu’on lui en a laissé la possibilité –, et deuxièmement, l’aspect embarrassé, ambigu de certaines réponses sur le nucléaire, les centres de rétention, et on ne sait pas par exemple ce matin sur les centres de rétention si vous les maintenez ou vous les supprimez ?

Ségolène ROYAL

Il les maintient, il l’a dit clairement. Il a dit à titre exceptionnel on met en centre de rétention notamment les enfants, donc il faut créer des centres de rétention qui sont réservés aux familles, aux enfants, pour qu’ils ne soient pas mélangés aux adultes. Mais sur le reste il a été très clair. Arrogance, lorsque vous faites la liste des choses désagréables qui ont été dites d’un côté ou de l’autre, je crois que c’est assez déséquilibré en faveur de monsieur SARKOZY pour le coup, en ce qui concerne les adjectifs péjoratifs. Mais bon, ça fait partie du jeu. Globalement je crois que le débat a été de bonne qualité, chacun a fait valoir ses arguments, et au bout du compte c’est François HOLLANDE qui a marqué le point.

Jean-Pierre ELKABBACH

Mais vous pensez que la France a la chance d’avoir des dirigeants de grand niveau et des débats présidentiels de qualité même si on n’a pas évoqué les problèmes du monde et l’état de la France dans l’Europe et dans le monde.

Ségolène ROYAL

Indirectement si puisque la crise que nous subissons est aussi une crise mondiale. La question de la domination financière également. Là-dessus il a répondu sur la question de la réforme bancaire. Sur la nouvelle orientation à donner à l’Europe, il a été parfaitement crédible sur ce sujet là, alors qu’il était attaqué depuis plusieurs mois sur son manque d’expérience.

Jean-Pierre ELKABBACH

Donc pour vous ce n’était pas un débat purement franco français, même si de temps en temps on entendait parler de l’Europe ?

Ségolène ROYAL

Je crois que la dimension internationale était intégrée, peut-être moins qu’elle n’aurait pu l’être, mais la dimension internationale a été intégrée aussi. D’ailleurs les Français font parfaitement le lien entre leur situation économique personnelle, baisse des salaires, baisse du pouvoir d’achat, et difficulté d’accès au logement, problème à l’égard de leur banque, etc, et la dimension internationale qui faut qu’aujourd’hui la finance commande encore au lieu d’obéir.

Jean-Pierre ELKABBACH

Sur le nucléaire François HOLLANDE se démarque totalement des accords Verts-PS. Il ne sent pas engagé par conséquent ?

Ségolène ROYAL

Non, c’est ce qu’il a dit.

Jean-Pierre ELKABBACH

Donc les Verts ne sont pas en situation de protester ou de se poser ?

Ségolène ROYAL

Je ne les ai pas entendus protester.

Jean-Pierre ELKABBACH

Ils ne peuvent pas. S’ils veulent des circonscriptions, des élus et des ministres, ils ont intérêt à se taire.

Ségolène ROYAL

Ecoutez, c’est le fonctionnement des institutions de la Vème République et il y a un président de la République qui est arbitre, qui sera entouré d’une équipe compétente…

Jean-Pierre ELKABBACH

Vous le mettez au conditionnel. Le président de la République qui sera etc… Pour vous ça arrive.

Ségolène ROYAL

C’est dans cette situation que nous nous positionnons bien évidemment, nous sommes… Vous savez dans une élection en général on cherche à la gagner. Les électeurs n’ont pas encore choisi, c’est dimanche.

Jean-Pierre ELKABBACH

C’est dans quelques jours. Si François HOLLANDE est élu président de la République il lui faudra très vite appliquer son programme. Pour Matignon, quelle est votre préférence ? Martine AUBRY ou Jean-Marc AYRAULT ?

Ségolène ROYAL

C’est à lui d’en décider, vous le savez bien Jean-Pierre ELKABBACH. Je connais la constitution et le fonctionnement des institutions.

Jean-Pierre ELKABBACH

Mais vous les connaissez bien tous les deux, lequel peut avoir les qualités pour cette fonction ?

Ségolène ROYAL

La mise en place des institutions de la République ce n’est pas un jeu de devinette, donc je ne vais pas m’y livrer.

Jean-Pierre ELKABBACH

Il ne s’agit pas de devinette, il s’agit de jugement dd caractère politique.

Ségolène ROYAL

Eh bien ça n’est pas moi qui serai présidente de la République et donc ce n’est pas à moi de faire ce choix, même si je peux donner quelques conseils.

Jean-Pierre ELKABBACH

Eh bien justement, quelques conseils, comme vous l’avez fait avant le débat.

Ségolène ROYAL

Mais ça vous ne les connaitrez pas parce que à ce niveau d’exercice de la responsabilité politique, il y a en effet des échanges qui restent du domaine du secret politique.

Jean-Pierre ELKABBACH

Et s’il vous proposait d’être ministre, s’il était élu ?

Ségolène ROYAL

Je ne suis pas en cause dans cette affaire, ce n’est pas de moi dont il s’agit. Je ne vais pas commencer à répartir des postes. Ce qui est important c’est quoi ? C’est que les Français…

Jean-Pierre ELKABBACH

Mais vous avez envie de gouverner ou d’observer de haut la vie politique ?

Ségolène ROYAL

Je fais partie d’une équipe et nous verrons, chacun sera à la place qui est la plus efficace pour les Français. Car ce qui m’a frappé dans ce débat, c’est que François HOLLANDE s’est bien battu, et il s’est battu non pas pour s’accrocher au pouvoir, il n’y est pas encore, il ne s’est pas battu pour conquérir le pouvoir pour lui-même, il s’est battu avec nous tous pour conquérir le pouvoir afin de le rendre aux Français et afin de faire en sorte que le camp de l’espoir l’emporte sur le camp de la peur et du doute. Voilà ce qui va se passer dimanche.

Jean-Pierre ELKABBACH

Si le camp de l’espoir l’emporte sur le camp de la peur et du doute est-ce que votre préférence, comme vous l’aviez dit il y a déjà longtemps, reste la présidence de l’Assemblée. Est-ce que vous y tenez ?

Ségolène ROYAL

Je ne vous répondrai pas sur ce sujet aujourd’hui.

Jean-Pierre ELKABBACH

Donc vous avez changé d’avis ?

Ségolène ROYAL

Non pas du tout, mais nous sommes dans un moment historique important, il reste quelques jours pour les Français pour se décider, je pense que le débat d’hier a permis de convaincre de nombreux indécis, et c’est cela qui va changer les choses. A partir de ce débat il y a une nouvelle dynamique qui s’engage, et j’espère que nous allons gagner dimanche pour nous mettre tout de suite au service des Français.

Jean-Pierre ELKABBACH

Et vous ne pensez pas à votre propre rôle dans ce combat futur ?

Ségolène ROYAL

A l’heure où je vous parle non.

Jean-Pierre ELKABBACH

Alors que la bataille est pourtant engagée ?

Ségolène ROYAL

Mais la bataille je m’y engage pleinement, vous l’avez vu, avec détermination, honnêteté et loyauté.

Jean-Pierre ELKABBACH

Pour la présidence de l’Assemblée nationale il semble qu’il y ait des candidats, que ce soit madame LEBRANCHU, monsieur GLAVANY ou même monsieur LANG.

Ségolène ROYAL

Vous avez beaucoup d’informations que je n’ai pas, vous me les donnerez le moment venu.

Jean-Pierre ELKABBACH

Ca m’étonnerait. Est-ce que vous pensez que le débat d’hier va faire bouger les lignes, c’est la question que je posais aussi à Claude GUEANT ?

Ségolène ROYAL

Oui, il va convaincre les indécis, tous ceux qui s’étaient laissés influencer par l’accumulation des critiques qu’avait subies François HOLLANDE, que j’ai évoquées tout à l’heure, notamment son manque de crédibilité, ou son manque d’expérience gouvernementale, il a démontré hier que non seulement il avait la crédibilité mais aussi l’imagination de mettre en place de nouvelles solutions efficaces et justes.

Jean-Pierre ELKABBACH

François BAYROU se prononce aujourd’hui, vous lui dites « rejoignez nous », qu’est-ce que vous lui dites ?

Ségolène ROYAL

C’est évident. A partir de ce que nous avons entendu hier, le bon choix que doit faire François BAYROU c’est le choix du projet qui met les valeurs humaines avant les valeurs financières.

Jean-Pierre ELKABBACH

Merci.

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