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Ségolène Royal était l’invitée de Bourdin 2012 sur BFM TV et RMC


Ségolène Royal invitée de "Bourdin 2012" by segolene-royal

RMC INFO

BOURDIN 2012 – Le 19/01/2012 – 08:36:17 – Première partie

Invitée :  Ségolène ROYAL, présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes

Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL est notre invitée ce matin, bonjour.

Ségolène ROYAL
Bonjour.

Jean-Jacques BOURDIN
Merci d’être avec nous. Est-ce que, après ce Sommet social d’hier, vous allez reprocher au président de la République de faire des efforts pour lutter contre le chômage ?

Ségolène ROYAL
Pas vraiment. Pas vraiment ; d’abord parce que vous avez vu la déception des organisations syndicales, elles attendaient beaucoup de ce Sommet social qui a été amplement mis en scène, mais comment le président de la République pourrait faire en une réunion qui dure cinq heures ce qu’il n’a pas fait en cinq ans ?

Jean-Jacques BOURDIN
Donc vous n’allez pas lui reprocher de faire des efforts pour lutter contre le chômage !

Ségolène ROYAL
Si les efforts étaient traduits par des actes concrets, sensibles immédiatement sur le territoire pour que le chômage recule concrètement, je serais la première à l’en féliciter. Mais il y a deux questions à poser : où trouve-t-il les 435 millions d’euros – ce n’est déjà pas beaucoup d’ailleurs, vu la masse de chômage – les 435 millions d’euros qu’il a…

Jean-Jacques BOURDIN
« Redéploiement », nous dit-il…

Ségolène ROYAL
Oui, c’est rien ; enfin, ça correspond…

Jean-Jacques BOURDIN
Ca veut dire quoi, « redéploiement », d’ailleurs ?

Ségolène ROYAL
Ca veut dire qu’on prend à Pierre pour donner à Paul. Donc en général, ça donne des résultats assez mitigés, si j’ose dire. Et puis deuxièmement, la seule bonne nouvelle, c’est finalement le recul sur l’augmentation de la TVA qui est une réforme dramatique et pour le pouvoir d’achat des Français et pour les coûts de production des entreprises. Moi, ce que j’attendais d’un sommet social, c’est vraiment un changement des règles du jeu du système financier. Regardez Monsieur BOURDIN, il y a eu, sur BFM il y a quelques jours, une émission remarquable qui s’appelle « un monde en faillite »…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, c’était lundi dernier.

Ségolène ROYAL
C’était lundi dernier. Il y a eu, là, une banquière, j’ai cru m’entendre en 2008 lorsque j’ai dit, au moment où l’Etat renflouait les banques « pourquoi est-ce qu’il n’est pas rentré au capital de cette banque pour les obliger à faire leur travail, c’set-à-dire à prêter aux entreprises ? ». Et cette banquière disait : « voilà, il y a eu une occasion historique qui a été manquée à ce moment-là puisque les Français – c’est les impôts des Français qui ont renfloué les banques – et celles-ci ont continué à spéculer plus que jamais, après ce renflouement, par les contribuables français, qui… Enfin dans la poche desquels on a pris pour donner aux banques. Et donc, moi j’attendais cela. Une décision…

Jean-Jacques BOURDIN
Vous attendez aujourd’hui une décision concernant les banques ?

Ségolène ROYAL
J’attends une décision concernant les banques. Pourquoi ? Parce que, pour lutter contre les déficits et la dette, il faut relancer l’activité économique et ainsi, les cotisations sociales reviendront dans les caisses, les impôts reviendront dans les caisses sans qu’on soit obligé d’augmenter leur taux !

Jean-Jacques BOURDIN
Mais ça veut dire quoi, ça veut dire que le candidat HOLLANDE va annoncer une décision concernant les banques ?

Ségolène ROYAL
Oui !

Jean-Jacques BOURDIN
Oui ?

Ségolène ROYAL
Oui, il va annoncer…

Jean-Jacques BOURDIN
Qu’est-ce qu’il va annoncer

Ségolène ROYAL
Il va annoncer la création d’une banque publique d’aide aux petites et moyennes entreprises, c’est-à-dire celles qui ont créé 70 % de l’emploi au cours des dernières années, il va annoncer une justice fiscale puisque les PME paient 33 % d’impôts, alors que les entreprises du CAC 40, qui détruisent des emplois, n’en paient que 9 %, c’est particulièrement injuste ; il faut donc redonner au système productif…

Jean-Jacques BOURDIN
Ce seront deux mesures annoncées dimanche ?

Ségolène ROYAL
Ce seront deux mesures annoncées dimanche, et d’autant plus qu’elles seront annoncées dimanche qu’elles sont dans le programme du Parti socialiste. Et vous savez, Monsieur BOURDIN, pour quiconque est sur le terrain et qui voit les entreprises fermer – regardez à l’instant, vous voyez dans les actualités de BFM aujourd’hui, nous en discutions à l’instant, fermer…

Jean-Jacques BOURDIN
LEJABY…

Ségolène ROYAL
LEJABY, nous avons perdu toutes les industries liées à la lingerie française, c’est-à-dire un savoir-faire français exceptionnel ; vous avez vu le gouvernement réagir par rapport à cela ? Non. Ces entreprises manquent d’argent pour pouvoir innover, inventer des nouveaux produits, utiliser des nouveaux tissus, utiliser la chimie verte, etc., pour se projeter vers l’avant. Il n’y a aucune mutation industrielle ou destruction industrielle qui soit fatale. Et on le voit dans tous les secteurs de production industrielle. Et la grave faute de ce gouvernement depuis cinq ans, et permettez-moi de rappeler qu’en 2007, lors de l’élection présidentielle, je m’étais engagée si j’avais été élue – et je l’aurais fait – à faire de la France la première puissance écologique d’Europe, et ça aurait été possible, c’est-à-dire que ce tournant de la mutation écologique de l’industrie a été manqué, nous avons perdu notre classement, notre rang de puissance industrielle dans le monde puisque nous passons de la 5ème à la 8ème place, eh bien moi je dis que ce n’est pas fatal et que nous devrons remonter la pente.

Jean-Jacques BOURDIN
Bien. Vous allez être obligée de vous engager. Je dis « vous », toute l’équipe autour de Français HOLLANDE et Français HOLLANDE lui-même, parce que les Français ne veulent plus être dupés…

Ségolène ROYAL
Vous avez raison.

Jean-Jacques BOURDIN
… Ségolène ROYAL, vous le savez ! Vous l’entendez ! Vous engager et vous bouger. Sur l’emploi, bon qu’est-ce que vous feriez sur l’emploi ? Qu’est-ce que va proposer le candidat HOLLANDE sur l’emploi ?

Ségolène ROYAL
Je viens déjà d’évoquer un volet très important…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, oui…

Ségolène ROYAL
C’est très important de relancer l’activité ; l’emploi, ce sont les entreprises qui créent l’emploi.

Jean-Jacques BOURDIN
On est d’accord.

Ségolène ROYAL
Donc c’est déjà essentiel. Ensuite, il va proposer une action particulière sur le chômage des jeunes. Il s’est exprimé sur cette question-là, donc il va dire dans le détail comment les choses se feront. Il va proposer un pacte de générations au sein des entreprises, parce que…

Jean-Jacques BOURDIN
Vous y croyez, à ce pacte de générations ?

Ségolène ROYAL
Oui, j’y crois ! Vous avez vu comment le chômage des seniors a explosé ? C’est un drame !

Jean-Jacques BOURDIN
Expliquez-nous le pacte de générations…

Ségolène ROYAL
C’est le candidat qui l’expliquera.

Jean-Jacques BOURDIN
Ah oui…

Ségolène ROYAL
Dans le détail. Donc c’est une volonté politique aussi

Jean-Jacques BOURDIN
Mais comment ça marche, ce pacte de générations ?

Ségolène ROYAL
Il l’annoncera.

Jean-Jacques BOURDIN
Comment ça marche ?

Ségolène ROYAL
Le candidat vous l’expliquera.

Jean-Jacques BOURDIN
Ah bon !

Ségolène ROYAL
Eh oui, je pense qu’il faut, c’est lui qui va… Il n’y a qu’une seule voix et ça évitera d’ailleurs les cacophonies et les zizanies, justement… (Rire)

Jean-Jacques BOURDIN
Je voulais vous en parler, là…

Ségolène ROYAL
Comme je m’en doutais… (Rire)

Jean-Jacques BOURDIN
J’allais vous en parler, mais…

Ségolène ROYAL
Comme je m’en doutais… Donc soyez patient mais…

Jean-Jacques BOURDIN
Mais c’est certain ! Ne vous inquiétez pas !

Ségolène ROYAL
Il y a cette grande réunion publique, ce grand meeting du 22 ; auquel j’invite d’ailleurs…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, dimanche.

Ségolène ROYAL
… Tous les citoyens à venir, dimanche ; et puis ensuite, il fait une émission jeudi ; donc dans la semaine qui vient, il va donner tout le détail…

Jean-Jacques BOURDIN
Mais « il est mou », François HOLLANDE ! Non il est flou ! J’entends ça sans cesse, répété ! « Il est mou, il est flou ». Vous qui le connaissez bien…

Ségolène ROYAL
Monsieur BOURDIN, vous venez de…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, Ségolène ROYAL…

Ségolène ROYAL
Vous venez de dire à l’instant…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, qu’est-ce que…

Ségolène ROYAL
… Que les Français étaient fatigués.

Jean-Jacques BOURDIN
Fatigués, oui.

Ségolène ROYAL
Des annonces sans lendemains.

Jean-Jacques BOURDIN
Bon.

Ségolène ROYAL
Voilà. Donc vous ne pouvez pas en même temps…

Jean-Jacques BOURDIN
Donc il faut être patient encore trois jours.

Ségolène ROYAL
… Reprocher à un candidat à l’élection présidentielle de dire ce qu’il a exactement l’intention de faire et de ne pas s’agiter, et se disperser comme le fait le candidat, le vrai-faux candidat actuel.

Jean-Jacques BOURDIN
Qui est le vrai-faux candidat ?

Ségolène ROYAL
C’est le président de la République sortant…

Jean-Jacques BOURDIN
Ah bon…

Ségolène ROYAL
… Qui… Il n’est toujours pas déclaré ! Bon ; et lui, il s’agit tous azimuts pour faire en cinq heures, ce qu’il n’a pas fait en cinq ans.

Jean-Jacques BOURDIN
Bon. Vous savez ce que…

Ségolène ROYAL
Donc respectons le tempérament de chacun ; les moments d’annonce de programme…

Jean-Jacques BOURDIN
On va parler de la TVA sociale…

Ségolène ROYAL
Et il y a encore trois mois pour développer et pour défendre le programme présidentiel.

Jean-Jacques BOURDIN
On va parler de la TVA sociale, on va parler des projets du candidat Nicolas SARKOZY, de vos projets, des projets de votre candidat ; il y avait un conseil politique élargir, hier, autour de François HOLLANDE…

Ségolène ROYAL
Oui…

Jean-Jacques BOURDIN
Vous y étiez !

Ségolène ROYAL
Oui.

Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL. Est-il vrai qu’il a poussé un « coup de gueule » pardonnez-moi l’expression, c’est un peu familier, mais…

Ségolène ROYAL
Je n’ai pas vraiment entendu ça !

Jean-Jacques BOURDIN
Non pas du tout, non ?

Ségolène ROYAL
Non, non ! Il a… Il a…

Jean-Jacques BOURDIN
Non pas du tout, non.

Ségolène ROYAL
Il a recadré un certain nombre de personnes…

Jean-Jacques BOURDIN
Il a recadré, oui. Il ne s’est pas mis en colère ? En sortant des yeux (phon) mais tout rouges ? Non ?

Ségolène ROYAL
Pas du tout, non. (Rire)

Jean-Jacques BOURDIN
Pas du tout ? Bon d’accord.

Ségolène ROYAL
Non. Non, non.

Jean-Jacques BOURDIN
Bon alors on va en parler.

Ségolène ROYAL
Non ! Il a dit très clairement et très simplement les choses, par rapport à ceux qui contestaient ou qui commençaient à avoir sur la place publique des discussions entre socialistes ! Voilà !

Jean-Jacques BOURDIN
On va en parler, même si on ne va pas faire toute l’émission avec…

Ségolène ROYAL
Oui, bien sûr…

Jean-Jacques BOURDIN
Mais je vais en parler dans deux minutes. Ségolène ROYAL, notre invitée ; il est 8 h 43 à tout de suite. 08 :43 :44 FIN DE LA PREMIERE PARTIE. FIN$

RMC INFO

BOURDIN 2012 – Le 19/01/2012 – 08:47:56 – Deuxième partie

Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL est notre invitée ce matin. Soixante mille postes dans l’Education nationale, par redéploiements ou par créations nettes de postes ?

Ségolène ROYAL
Aujourd’hui, il y a un non remplacement d’un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite, c’est-à-dire que ces créations de postes seront prises sur le fait qu’il n’y aura plus systématiquement ces suppressions d’emplois.

Jean-Jacques BOURDIN
Donc, c’est par des créations des postes…

Ségolène ROYAL
La première décision sera le gel…

Jean-Jacques BOURDIN
C’est par des créations de postes, c’est un retour à ce qui se faisait avant…

Ségolène ROYAL
C’est non suppression d’emplois, c’est une non suppression d’emplois. La première décision pour préparer la rentrée scolaire prochaine sera l’annulation de la suppression de 12 000 postes pour la rentrée prochaine. Pourquoi ? Parce que l’Education nationale, c’est une des raisons d’être aussi, c’est un des leviers de sortie de crise. L’éducation, la formation, la préparation des jeunes aux défis du futur, c’est essentiel pour une nation. Donc, l’éducation, encore l’éducation, toujours l’éducation.

Jean-Jacques BOURDIN
La liberté donnée au chef d’établissement de choisir son équipe pédagogique et les enseignants payés au mérite, vous êtes favorable à tout cela ou pas ?

Ségolène ROYAL
Oui, je suis favorable à une certaine autonomie des chefs d’établissement pour qu’ils choisissent leur équipe, notamment…

Jean-Jacques BOURDIN
Ce sera dans le programme de François HOLLANDE cela ?

Ségolène ROYAL
… Je pense, oui. Notamment dans les quartiers sensibles. Pourquoi ? Parce qu’on a besoin d’une stabilité des équipes pédagogiques pour suivre les enfants et pour suivre les familles.

Jean-Jacques BOURDIN
Donc, il y aura autonomie donnée aux chefs d’établissement dans le programme de François HOLLANDE.

Ségolène ROYAL
Une part d’autonomie. Mais pourquoi ? Parce qu’il y a déjà des collèges expérimentaux où cette part d’autonomie a donné des résultats. Le deuxième grand volet de la réforme de l’Education nationale, c’est la formation des enseignants. Il y a des enseignants qui sont désespérés dans leur classe, il y a des violences dans les classes, il y a des enseignants qui n’arrivent plus à avoir l’autorité par rapport à des élèves qui ont beaucoup changé en vingt ans. Donc, il faut donner aux enseignants des moyens, des moyens pédagogiques, des moyens professionnels, des moyens de formation pour leur permettre de maîtriser les classes et de transmettre le savoir.

Jean-Jacques BOURDIN
Je rappelle, Ségolène ROYAL, que vous serez avec les auditeurs de RMC tout à l’heure, vous allez répondre à toutes leurs questions. J’invite les auditeurs de RMC justement à appeler, à envoyer vos questions, vous allez être en direct avec eux à partir de 9h05. Ségolène ROYAL, lors de vos déplacements en 2007, vous suscitiez plus d’enthousiasme que François HOLLANDE n’en suscite cet hiver. Pourquoi, selon vous ?

Ségolène ROYAL
D’abord, nous n’avons pas le même tempérament, peut-être…

Jean-Jacques BOURDIN
C’est-à-dire que vous, vous enflammez les foules et pas lui…

Ségolène ROYAL
Chacun son tempérament, c’est la diversité humaine…

Jean-Jacques BOURDIN
Non, non, non, je dis ça parce que… Mais dites-moi, Ségolène ROYAL, vous n’avez pas l’impression de revivre ce que vous avez vécu en 2007, avec ce Parti socialiste qui se déchire un peu, qui se divise, qui n’est pas uni derrière son candidat ?

Ségolène ROYAL
C’est très différent.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, vraiment ?

Ségolène ROYAL
Parce que, moi, je subissais les frappes de certains dirigeants socialistes pendant toute la campagne présidentielle. Les déclarations de monsieur GLAVANY, par exemple, c’était « ce qu’il avait jamais vu de pire au monde » ! Il y en a eu d’autres comme ça des perles ! Alors que là, franchement, l’ensemble du Parti socialiste est rassemblé derrière notre candidat.

Jean-Jacques BOURDIN
A part quelques francs-tireurs…

Ségolène ROYAL
Nous l’avons montré dans l’entre-deux-tours déjà des primaires, je l’ai fait de façon forte et puissante. Ensuite, aujourd’hui, il y a le rassemblement, vous n’entendez plus une seule critique fuser de la part des dirigeants du Parti socialiste contre notre candidat. Ça, c’est une différence fondamentale par rapport à 2007. Alors, maintenant, il y a un certain nombre de petits…

Jean-Jacques BOURDIN
De francs-tireurs…

Ségolène ROYAL
… Ce n’est pas bien grave, mais il ne faudrait pas que ça se reproduise.

Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL, parlons fiscalité, réforme fiscale importante qu’annoncera le candidat HOLLANDE…

Ségolène ROYAL
Oui…

Jean-Jacques BOURDIN
On est d’accord, fusion CSG / impôt sur le revenu…

Ségolène ROYAL
C’est à lui de le préciser…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, vous y êtes favorable ?

Ségolène ROYAL
Oui.

Jean-Jacques BOURDIN
Impôt à la source, prélevé à la source ?

Ségolène ROYAL
Oui, j’y suis favorable. Pour faire une réforme fiscale comme celle-ci, par exemple, la Suède qui a fait cette réforme du prélèvement à la source, ce qui permet à chaque Français de savoir exactement ce qu’il paye d’impôt et d’avoir un salaire net…

Jean-Jacques BOURDIN
Exactement, évidemment, ça me parait logique !

Ségolène ROYAL
Ça parait logique !

Jean-Jacques BOURDIN
Donc, ça va être annoncé ça !

Ségolène ROYAL
Entre le moment où la décision est prise et le moment où tout le système se met en mouvement, il faut cinq ans.

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, mais la décision sera annoncée par le candidat François HOLLANDE…

Ségolène ROYAL
Je ne veux pas court-circuiter sa décision, mais il a été quand même relativement clair depuis longtemps et notamment pendant les primaires. Il a annoncé que la réforme fiscale, c’était pour lui une réforme essentielle, ça l’est aussi pour les Français, pour avoir à la fois une fiscalité plus juste, une fiscalité plus simple. Est-il normal que seuls ceux qui sont protégés par le bouclier fiscal, c’est-à-dire les plus riches, sachent exactement combien ils payent d’impôt ? C’est normal ça ? Non, ce n’est pas normal. Les Français ont le droit de savoir combien ils payent d’impôt parce que ça leur permettra d’exiger de leurs gouvernants, dans un esprit de revendication démocratique, d’exiger que la fiscalité soit juste et soit utile.

Jean-Jacques BOURDIN
Vous souhaitez un blocage des prix de l’essence…

Ségolène ROYAL
Oui.

Jean-Jacques BOURDIN
Mais comment faites-vous ? Vous bloquez quoi ?

Ségolène ROYAL
Comment je fais ?

Jean-Jacques BOURDIN
Vous bloquez quoi ? Expliquez-moi, parce que, là, on a cherché…

Ségolène ROYAL
Je vais vous expliquer. Le prix de l’essence, il y a trois choses dans le prix de l’essence, il y a le prix du carburant, il y a la TIPP, taxe intérieure sur les produits pétroliers, et il y a la TVA.

Jean-Jacques BOURDIN
Les marges aussi, les marges des distributeurs et les marges des raffineurs…

Ségolène ROYAL
… Exactement, c’est ce que j’appelle dans le prix du carburant. Comment ça se passait quand il y avait la TIPP flottante ? C’est-à-dire lorsque le prix du brut augmente, tout le monde augmente, comme c’est en pourcentage. La TIPP est fixe, elle, 61 centimes au litre pour l’essence, 43 centimes au litre pour le gazole. La TVA est en pourcentage, chaque fois que le prix du brut augmente, est-il normal que les marges du distributeur, du raffineur, du transporteur augmentent en pourcentage pour le même travail ? Est-il normal que l’Etat s’en mette dans les poches…

Jean-Jacques BOURDIN
… La TVA…

Ségolène ROYAL
… Qui est en pourcentage, est-ce que c’est normal ça ? Alors qu’aujourd’hui, c’est terrible l’augmentation du prix de l’essence, tous les gens qui sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler…

Jean-Jacques BOURDIN
Alors, vous faites comment ? Mais alors, vous faites comment ? Vous bloquez quoi ?

Ségolène ROYAL
… Donc, je bloque le prix de l’essence pendant six mois…

Jean-Jacques BOURDIN
Oui, mais quoi, vous bloquez quoi ?

Ségolène ROYAL
Je bloque, je dis au lieu d’avoir accepté, par exemple, là, je n’aurais pas accepté l’augmentation du prix de l’essence à la pompe. En mars dernier, je disais il faut bloquer le prix de l’essence…

Jean-Jacques BOURDIN
Alors, si le prix du brut…

Ségolène ROYAL
… Attendez, laissez-moi finir ! J’aurais bloqué le prix de l’essence en mars dernier, donc aujourd’hui, l’essence n’aurait pas augmenté. Qu’est-ce qui se serait passé à ce moment-là ? J’aurais convoqué les opérateurs pétroliers, notamment TOTAL, qui a la quasi-totalité du marché, je leur aurais dit : Vous n’augmenterez plus en pourcentage vos marges. Vous garderez vos marges en valeur absolue, mais vous n’augmenterez plus vos marges en pourcentage.

Jean-Jacques BOURDIN
Vous bloquez les marges en quelque sorte…

Ségolène ROYAL
Donc, je bloque les marges, exactement, je négocie avec les distributeurs et, pourquoi pas, revenir à une partie de TIPP flottante, même si c’est plus compliqué aujourd’hui puisque l’Etat a transféré vers les régions la TIPP. Mais globalement, il s’agit de maîtriser les marges, de faire en sorte que chacun ne s’en mette pas plus dans la poche au passage au dépens du consommateur qui est à la pompe. Parce que c’est une grave atteinte au pouvoir d’achat des gens, c’est un vrai problème, aujourd’hui, 12 millions de Français terminent le mois à 50 euros près. Avec cette augmentation du prix de l’essence, ce n’est pas 12 millions de Français qui vont être en difficulté financière, c’est peut-être 20 millions de Français. Ce n’est pas un sujet national ça ? Pourquoi ça n’a pas été évoqué au sommet social ? C’est un sujet crucial l’augmentation des carburants. La deuxième chose à faire, c’est de développer la voiture électrique…

Jean-Jacques BOURDIN
Vous êtes venue en voiture électrique…

Ségolène ROYAL
Je suis venue en voiture électrique…

Jean-Jacques BOURDIN
On va en parler sur RMC. Mais une dernière question…

Ségolène ROYAL
… Un euro, le coût, c’est 1 euro aux 100 kilomètres, c’est quand même moins cher que l’essence !

Jean-Jacques BOURDIN
Là, je suis sûr que les auditeurs vont vous interroger. J’ai une dernière question, une dernière rubrique qui s’appelle « Engagez-vous ». Ségolène ROYAL, si François HOLLANDE arrive à l’Elysée, accepterez-vous d’être dans son gouvernement ?

Ségolène ROYAL
Ce n’est pas ma perspective première, comme vous le savez…

Jean-Jacques BOURDIN
Vous dites oui ou non ?

Ségolène ROYAL
Je viens de vous répondre, ce n’est pas ma première perspective.

Jean-Jacques BOURDIN
Vous ne serez pas ministre de François HOLLANDE ?

Ségolène ROYAL
Je ne pense pas, non.

Jean-Jacques BOURDIN
Non ?

Ségolène ROYAL
Non.

Jean-Jacques BOURDIN
Très bien. Vous êtes engagée. Merci. 08:56:13 FIN DEUXIEME PARTIE>

RMC INFO

BOURDIN 2012 – Le 19/01/2012 – 09 :03 :54 – Troisième et dernière partie

Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL qui est installée maintenant, qui va pouvoir répondre à toutes vos questions ; n’hésitez pas, 32.16, questions directes ; Ségolène ROYAL répondra à toutes vos questions. Est-ce que nous avons un peu de pub avant ? Non ? Eh bien 09 h 03, nous allons d’abord faire le point sur la question SMS, notre question quotidienne ; quelle est la question du jour, Matthieu BELLIARD ?
Matthieu BELLIARD
Au lendemain du sommet social – bonjour ! – …
Ségolène ROYAL
Bonjour !
Matthieu BELLIARD
« Au lendemain du sommet social, lutte contre le chômage, à vos yeux qui est le plus crédible ? »… On a pris les 5 premiers candidats dans les sondages par ordre alphabétique (…) Et pour le classement, pour l’instant, Nicolas SARKOZY est en tête suivi de Jean-Luc MELENCHON, de Marine LE PEN et seulement après, de François HOLLANDE et de François BAYROU.
Jean-Jacques BOURDIN
Qui a un déficit… Enfin selon les auditeurs de RMC, dans la lutte contre le chômage, dans la crédibilité, Ségolène ROYAL. Vous croyez que le candidat HOLLANDE a un déficit de crédibilité dans sa volonté de lutter contre le chômage ?
Ségolène ROYAL
Pas du tout ! D’ailleurs il va en faire la démonstration dans quelques jours puisque son programme sera présenté à ce moment-là. Donc le débat pourra effectivement s’enclencher.
Jean-Jacques BOURDIN
Bon. Ségolène ROYAL, j’ai des quantités de questions…
Ségolène ROYAL
Je vois ça, oui…
Jean-Jacques BOURDIN
Oui, oui, par mail ; je vais…
Ségolène ROYAL
Ca prouve que les Français sont passionnés par ce qui est…
Jean-Jacques BOURDIN
Mais oui, par la politique.
Ségolène ROYAL
Par la politique concrète !
Jean-Jacques BOURDIN
Oui, et les attentes.
Ségolène ROYAL
Et les attentes très fortes.
Jean-Jacques BOURDIN
Et les attentes, oui…
Ségolène ROYAL
Et ils ont raison.
Jean-Jacques BOURDIN
Très… Eh bien ils ont raison.
Ségolène ROYAL
Et d’ailleurs, des solutions existent. Je l’ai toujours dit et je le pense plus que jamais.
Jean-Jacques BOURDIN
Bon, on va en parler. Moi, je vais me faire l’interprète de ceux qui ont envoyé des mails, et puis vous pouvez appeler le 32.16. J’ai une première question très directe qui vient de Joëlle qui habite le département 79, vous connaissez, le 79 ?
Ségolène ROYAL
Oui, c’est les Deux-Sèvres !
Jean-Jacques BOURDIN
Les Deux-Sèvres : « Bonjour, qu’a fait Madame ROYAL au titre de présidente de la Région, pour l’usine de lingerie AUBADE à Châtellerault ? Elle a proposé aux ouvrières d’aller coudre des voiles de bateau ». C’était vrai ça, ou pas ?
Ségolène ROYAL
Ca… D’abord, premièrement…
Jean-Jacques BOURDIN
« Elle n’a pas sauvé ce fleuron de la lingerie »…
Ségolène ROYAL
C’est bien dommage, d’ailleurs, parce que j’ai… Quand on… On en a parlé tout à l’heure, et ce fleuron de la lingerie, toutes les entreprises de lingerie sont en train de fermer, ce qui est absolument anormal, parce qu’il y a un savoir-faire considérable dans ces entreprises ; une nouvelle entreprise est installée sur place, de fabrication de lingerie, un repreneur, un entrepreneur individuel a repris une partie des salariés, donc l’usine n’est pas fermé, elle n’a pas pu reprendre bien sûr tous les salariés. La Région a aidé cet entrepreneur à maintenir une production. Pour le reste, pour que les salariés ne soient pas mis au chômage, nous avons… Effectivement, nous leur avons proposé des métiers connexes puisqu’il y a la filière bateau dans la région et que c’est une bonne idée ; certaines d’entre elles ont accepté. Mais surtout, ce qui nous a cruellement manqué, c’est l’existence de ce que je disais tout à l’heure, c’est-à-dire l’existence d’une banque publique qui aide les PME à se redresser lorsqu’elles ont des difficultés. La Région est intervenue pour maintenir pendant un an 90% du salaire à ces employés, à ces salariés pour voir si l’entreprise avait encore des opportunités de se redresser. Mais là aussi, on a manqué cruellement de politique industrielle. Moi, ce que j’aurais fait si j’avais été aux responsabilités, j’aurais réuni toute la filière de la lingerie française. Parce qu’il y a un savoir-faire important, il n’y a aucune raison que ça soit délocalisé. Il y a des perspectives d’innovation dans le domaine textile, puisqu’on voit des relocalisations, et notamment dans les Deux-Sèvres, il y a une relocalisation des ouvrières qui ont refusé la fermeture de leur entreprise, COUTURE AVENIR VENISE VERTE, et qui ont repris leur entreprise en société de coopérative ouvrière de production ; c’est ce qu’on a essayé de faire à AUBADE, on leur a proposé de reprendre leur entreprise en Scop ; ça n’a pas été possible pour un certain nombre de raisons, mais je pense que ces modèles alternatifs à l’économie libérale peuvent être efficaces, y compris dans le domaine textile.
Jean-Jacques BOURDIN
J’ai Yannick, et puis ensuite je vous laisse avec les auditeurs, mais Yannick est un auditeur parisien : « Madame ROYAL, bonjour ; pourquoi n’y a-t-il aucune référence à une taxe sur les spéculations financières dans le programme de François HOLLANDE ? »…
Ségolène ROYAL
Si, puisqu’il y a la taxe sur les mouvements de capitaux, sur la spéculation.
Jean-Jacques BOURDIN
Donc là, vous approuvez le chef de l’Etat, là ! Vous êtes sur la même longueur d’onde, si je puis dire…
Ségolène ROYAL
Oui mais le problème c’est toujours l’écart, vous voyez, entre le discours et les actes, premièrement. Et deuxièmement, c’est l’absence de décision européenne ! Ca fait cinq ans que l’actuel président de la République nous dit qu’il va obtenir la taxe sur les transactions financières. Et là, on est en campagne électorale et il fait encore cette énième annonce. Donc il est temps de passer des discours aux actes ! Vous savez, les Français, ils sont fatigués, ils sont fatigués des effets d’annonce dont ils ne voient pas les effets concrets. Eh bien lorsque la gauche sera aux responsabilités, elle aura comme souci moral de faire en sorte que chaque décision annoncée soit immédiatement suivie d’effets, et elle aura le souci de rendre des comptes à la population.
Jean-Jacques BOURDIN
Ce sera aussi rendre des comptes à la population…
Ségolène ROYAL
Rendre des comptes. C’est la clé de la démocratie. Il y a un déficit…
Jean-Jacques BOURDIN
Ce sera l’un des axes de la campagne de François HOLLANDE ?
Ségolène ROYAL
Oui, parce que…
Jean-Jacques BOURDIN
Il s’engagera, il s’engagera à rendre des comptes…
Ségolène ROYAL
De son action.
Jean-Jacques BOURDIN
Aux Français ? De son action ?
Ségolène ROYAL
Bien sûr ! Bien sûr. Et il demandera à chaque élu, sur chaque territoire, de faire la même chose. Nous sommes dépositaires, nous les élus, nous sommes dépositaires provisoirement de la souveraineté populaire. Et donc notre responsabilité, c’est d’agir au nom du peuple pour le peuple par le peuple. C’est la définition de la démocratie. Et aujourd’hui, il y a un grave déficit démocratique. On nous raconte que ces les agences de notation qui font les décisions politiques et on voit un sommet social           avant la TVA sociale, plus de TVA sociale ? Où est l’association des Français aux décisions qui les concernent ? C’est pour ça que les gens ne croient plus dans les promesses. Parce qu’ils ne sont, à aucun moment, associés à ces décisions et à aucun moment, le pouvoir politique ne leur rend des comptes sur ce qu’il a fait ou ce qu’il n’a pas fait. Eh bien ça, ça changera.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien ; Ségolène ROYAL, je vous laisse avec les auditeurs qui sont face à vous. Vous pouvez – je vois, Pierre, Jacques, Daniel, Jean-Claude, Marc – vous choisissez celui avec lequel…
Ségolène ROYAL
Alors Jacques…
Jean-Jacques BOURDIN
Allez…
Ségolène ROYAL
Dans l’Allier. « Si vous étiez au gouvernement, comment feriez-vous »…
Jean-Jacques BOURDIN
Non, non, mais Jacques est avec vous en direct…
Ségolène ROYAL
Ah pardon…
Jacques, auditeur de l’Allier
Oui, bonjour !
Ségolène ROYAL
Bonjour, Jacques.
Jean-Jacques BOURDIN
Allez-y, Jacques…
Jacques
Bonjour, Madame Ségolène ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bonjour !
Jacques
Bonjour. Donc j’ai 60 ans, je suis retraité, j’ai travaillé pendant quarante-trois ans et aujourd’hui, bien sûr, l’emploi pour moi, c’est du passé, mais par contre, je me préoccupe beaucoup pour les Français ; je me préoccupe pour mes enfants, pour mes petits-enfants. Les délocalisations sont un problème terrible pour les ouvriers aujourd’hui.
Ségolène ROYAL
Oui…
Jacques
Ma question est simple : si vous étiez au pouvoir, que feriez-vous pour éviter cela ? Car de nos jours, il ne suffit plus de critiquer, il faut proposer ; donc j’attends vos propositions précises.
Ségolène ROYAL
Je prendrais deux décisions. La première, c’est l’interdiction des licenciements boursiers, – je me suis exprimée sur cette question depuis longtemps – et regardez, la fermeture de Gandrange, les hauts-fourneaux, c’est un licenciement boursier puisque le groupe MITTAL gagne de l’argent mais malgré tout, ferme une usine ; c’est ce qu’on a vu aussi dans l’usine LU – donc avec moi, les licenciements boursiers seront interdits. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire que les groupes qui gagnent de l’argent ne pourront plus fermer une unité de production industrielle pour pouvoir gagner encore plus d’argent. Première chose. Et deuxièmement, je ferai en sorte que, pour chaque menace de fermeture industrielle, on puisse anticiper avec les représentants des salariés dans les entreprises comme ça se fait dans les pays du Nord de l’Europe, comme ça se fait en Allemagne, pourquoi l’Allemagne est restée une puissance industrielle ? Parce qu’il y a une réaction des Pouvoirs publics chaque fois qu’une entreprise est menacée de fermeture et qu’on se bat pour empêcher ces fermetures. Voilà. Et c’est possible ; c’est-à-dire dans toute mutation industrielle, et notamment dans la mutation écologique de l’économie, il y a des solutions. C’est vrai pour la filière automobile, qui a entraîné des centaines de milliers d’emplois de suppressions dans les sous-traitants en France depuis cinq ans avec beaucoup de détresse, alors que l’Etat et les Pouvoirs publics auraient dû forcer les industries automobiles à se réorienter vers la construction du transport propre, vers la construction de transports collectifs comme les tramways, puisque là, ça marche – l’entreprise comme ALSTOM a des carnets de commandes pleins à craquer – vers la construction de la voiture électrique, c’est-à-dire conquérir avec détermination et puissance les chantiers du futur car nous sommes en train d’être dépassés par les pays émergents, la Chine, l’Inde, le Brésil  – je rappelle que le Brésil et l’Argentine étaient en faillite dans les années 2001-2002 – non seulement ils s’en sont sortis en reprenant la main sur le système bancaire, mais ils sont passés à l’attaque sur l’industrialisation de leur pays. Et dans une France inerte, on perd tout. Dans une France au combat, on arrivera à reconquérir l’industrie française.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien, merci Jacques, merci. On a prendre d’autres questions, Ségolène ROYAL, parce qu’il y a beaucoup, beaucoup d’appels ; donc je voudrais absolument que chacun puisse s’exprimer. Allez-y…
Ségolène ROYAL
Alors, donc… «Je suis contre la prise à la source » …
Jean-Jacques BOURDIN
Non, allez-y, allez-y, appelez…
Ségolène ROYAL
Ah oui, pardon, pardon, voilà…
Jean-Jacques BOURDIN
Appelez l’auditeur, Ségolène ROYAL ; oui, il n’y a pas de problème.
Ségolène ROYAL
Bonjour Pierre, en Charente, justement…
Pierre, auditeur de Charente
Bonjour, Madame ROYAL et bonne année à tous, d’abord à vous, à toute l’équipe de RMC…
Jean-Jacques BOURDIN
Merci Pierre…
Pierre
Bonjour, Jean-Jacques…
Jean-Jacques BOURDIN
Bonjour Pierre.
Pierre
Voilà ; moi, je suis contre la prise à la source de l’impôt sur le revenu et son mélange avec la CSG. Aussi, cette idée peut-elle être abandonnée, cela pour plusieurs raisons. Est-ce que je vous donne les raisons d’abord ?
Jean-Jacques BOURDIN
Très vite, alors, Pierre ; très court.
Pierre
Alors très vite. De par la déclaration, c’est un acte citoyen mais confidentiel. Donc le patron, il n’a pas à savoir qu’est-ce qu’on fait. Deuxièmement, un gouvernement futur, ou très large et qui pourrait revenir (phon) pourrait facilement augmenter la CSG subrepticement et donc augmenter indirectement les impôts. C’est aussi un moyen de pression donc des patrons voyous qui pourront partir avec la caisse en fin d’année et qui repaiera ? Comme au Canada, l’ouvrier repaie. C’est enfin la suppression de l’emploi au ministère des Finances, et je rappelle que, quand même, les fonctionnaires du ministère des Finances sont des gens honnêtes et qui ont le secret professionnel en tête.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien.
Ségolène ROYAL
Bien.
Pierre
Voilà.
Ségolène ROYAL
Alors…
Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL répondez à Pierre…
Ségolène ROYAL
Moi, je trouve vos observations très intéressantes parce qu’elles sont justes. Elles sont très justes. Ca veut dire quoi ? Ca veut dire qu’une réforme fiscale, ça n’est pas facile, et qu’une réforme fiscale, pour être réussie, doit associer les citoyens. Et moi, je conçois la réforme fiscale comme l’issue d’un débat citoyen participatif où chacun pourra évaluer sur sa feuille d’impôt ce que donnera la réforme fiscale, il y aura des plus, il y aura des moins, il y en a qui vont payer plus, il y en a qui vont payer moins ; donc il est très important qu’une réforme fiscale soit faite avec un processus démocratique transparent pour que tous les sujets que vous évoquez – par exemple la confidentialité effectivement, des revenus par rapport à l’employeur, ces sujets-là sont tout à fait fondés, ces questions sont fondées – il y a des solutions pour répondre à ces questions, notamment en utilisant l’expérience d’autres pays – je citais la Suède tout à l’heure – qui ont fait cette réforme fiscale, efficace, juste, claire, transparente ; aujourd’hui, l’impôt est très compliqué, les gens ne savent plus ce qu’ils paient. L’impôt est très injuste, ceux qui gagnent le plus sont ceux qui paient le moins, et l’impôt est inefficace parce qu’il n’avantage pas, il n’encourage pas de bonnes pratiques de consommation ou d’économie qui pourraient permettre de développer les emplois, je pense à la fiscalité sur les entreprises qui est à la fois injuste et inefficace.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien. Merci, Pierre. J’ai une question, tiens, à propos d’impôt, de fiscalité. J’ai une question de Georges qui habite le Pas-de-Calais et qui me demande  s’il faut, oui ou non, supprimer le quotient familial.
Ségolène ROYAL
Pourquoi cette question se pose ? Parce que le quotient familial…
Jean-Jacques BOURDIN
Oui… Vous défendez la famille, Ségolène ROYAL…
Ségolène ROYAL
Oui, je défends la famille, je ne laisserai faire aucune réforme qui porte atteinte à la famille. Je dis cela parce que la droite a immédiatement hurlé – dès qu’elle entend parler, d’ailleurs, de justice sociale ou de justice fiscale, elle sort son revolver, pour paraphraser une célèbre phrase – il faut arrêter de… Voyez de déformer le débat public. Les 10 % des contribuables les plus riches « raptent » 45 % de l’avantage fiscal du quotient familial. Est-ce que c’est juste, ça ? Non ! Ce n’est pas juste ! Et en même temps, il y a d’autres éléments d’injustice fiscale, il n’y a pas que celui-ci. Donc le quotient familial sera réformé dans le cadre d’une réforme globale de la fiscalité ! Et en toute transparence. Les Français sauront exactement ce qui va se passer dans cette réforme fiscale ;: il y aura l’ouverture d’un site internet sur lequel ils pourront venir poser des questions, faire des propositions, soulever les problèmes, et au fur et à mesure de l’émergence de ces problèmes, les réponses seront apportées pour que cette réforme fiscale, les Français s’en saisissent. Pourquoi ? Parce que la fiscalité, c’est un élément-clé du pacte social, de la démocratie et donc les citoyens doivent pouvoir adhérer, comprendre cette réforme fiscale, se l’approprier pour qu’elle reconstitue une nouvelle base du « vivre ensemble » dans la société française.
Jean-Jacques BOURDIN
Je crois que vous avez, Ségolène ROYAL, Daniel devant vous qui, à propos de politique familiale, voulait vous interroger, oui…
Ségolène ROYAL
Daniel oui… Daniel bonjour !
Daniel, auditeur
Bonjour Madame ROYAL, bonjour Monsieur BOURDIN. Vous m’entendez ?
Jean-Jacques BOURDIN
Bonjour Daniel. Vous êtes chef d’entreprise dans les Hauts-de-Seine, je crois, vous avez 35 ans.
Daniel
En effet, je dirige une association d’aide aux personnes. La question, elle est donc… je tenais d’abord à remercier Madame ROYAL par rapport à sa loi de 2002 qui a beaucoup fait changer la société française, et je pense que c’est bien de le dire…
Jean-Jacques BOURDIN
Laquelle, Daniel ?
Daniel
Deux mille deux, sur la famille, sur l’autorité parentale conjointe, sur pas mal de choses.
Ségolène ROYAL
Ah, merci. Les congés de paternité aussi.
Daniel
Les congés de paternité, mais j’en ai bénéficié, merci beaucoup…
Ségolène ROYAL
Ah, eh bien c’est bien ! (Rire)
Daniel
Et en tout cas, vous avez marqué la société…
Ségolène ROYAL
Merci de le dire, parce que ça n’a pas été simple, ces réformes ! (Rire)
Daniel
Ca n’a pas été simple, mais en tout cas, ça… Encore aujourd’hui, c’est vraiment… Ca a vraiment changé beaucoup de choses dans la société par rapport à la place du père dans la famille et par rapport aux enfants. La question est de savoir : est-ce que, dans l’éventualité où Monsieur HOLLANDE est élu, que va-t-il se passer sur la famille ? Va-t-il, en fait, faire des « réformettes », ou va-t-il au contraire essayer de prendre le sujet à bras-le-corps et faire évoluer la société, aussi bien par rapport au mariage homosexuel que par rapport à l’adoption des enfants par rapport à ces personnes-là ? Et puis également il y a pas mal de questions qui se posent également sur la garde d’enfant en garde alternée par défaut ou pas par défaut, ou au cas par cas ; on encore le statut des beaux-parents. Moi c’est des questions qui me touchent parce que j’en suis… je suis concerné  déjà directement, et en plus, je vois pas mal de mes salariés, de mes collaborateurs qui souffrent beaucoup de ces situations-là. Et…
Jean-Jacques BOURDIN
Alors… On va demander…
Ségolène ROYAL
Le statut du beau-parent…
Jean-Jacques BOURDIN
On va demander, oui…
Ségolène ROYAL
Le statut du beau-parent, d’ailleurs je l’avais déjà fait évoluer dans la loi sur la famille, avec une reconnaissance du lien éducatif, d’ailleurs, de la responsabilité éducative et du droit de l’enfant de garder un lien avec ses beaux-parents comme avec ses grands-parents d’ailleurs. Mais c’est vrai que ce sont des sujets d’abord passionnants, parce que c’est l’évolution d’une société ;  donc il faut à la fois maintenir les valeurs traditionnelles de la famille, parce que c’est l’élément-clé, je crois, de la solidarité de proximité. Favoriser, aider les parents à éduquer leurs enfants, il y a notamment un gros problème du côté de l’adolescence où les parents sont souvent très démunis pour éduquer les adolescents. C’est le seul métier qu’on n’apprend pas, finalement, le métier de parent, et c’est un des métiers les plus importants et les plus difficiles. Donc c’est quand même le paradoxe ; et moi, je suis favorable à l’éducation à la parentalité dès le collège et dès le lycée, pour apprendre aux jeunes d’aujourd’hui leur rôle de futur parent. Ca, je crois que c’est… Ca serait quelque chose de novateur et efficace et qui passionnerait les jeunes. Et puis sur toutes les questions que vous avez posées, bien sûr qu’il faudra apporter des réponses ; mais là aussi, dans un esprit de grande transparence, de respect démocratique du citoyen.
Jean-Jacques BOURDIN
Mariage, mariage homosexuel, vous êtes favorable ?
Ségolène ROYAL
C’est dans le projet…
Jean-Jacques BOURDIN
C’est dans le projet.
Ségolène ROYAL
Oui.
Jean-Jacques BOURDIN
L’adoption d’enfants par des couples homosexuels ?
Ségolène ROYAL
C’est également dans le projet, oui.
Jean-Jacques BOURDIN
Vous êtes favorable ?
Ségolène ROYAL
De toute façon aujourd’hui, l’adoption par les célibataires, on est dans une situation très hypocrite ! Parce que l’adoption par les célibataires est autorisée. Donc un célibataire peut vivre en couple homosexuel et éduquer un enfant ; donc je crois que c’est très important d’abord de respecter les choix individuels et que chacun puisse construire son bonheur dans le respect des uns et des autres.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien. Merci, Daniel. J’ai d’autres questions, beaucoup de questions, il est 9 h 20, Ségolène ROYAL, on va les prendre ; on va observer une petite pause, très vite, un peu de pub. Matthieu BELLIARD, un nouveau point sur la question SMS…
Matthieu BELLIARD
Lendemain du sommet social, lutte contre le chômage, à vos yeux qui est le plus crédible ? (…) Pour l’instant, Nicolas SARKOZY est en tête, suivi de près par Jean-Luc MELENCHON ; c’est très serré en 3ème place entre Marine LE PEN et François HOLLANDE. François BAYROU, lui, est loin derrière.
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Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL répond à toutes vos questions. Avant de prendre en ligne Marie-Ange, Gérard et Marc qui sont déjà là, Ségolène ROYAL, j’ai une question posée par mail, Olivier, et il n’est pas le seul, plusieurs auditeurs nous ont écrit pour nous poser la même question : « Madame ROYAL – Olivier habite la Gironde – comment voulez-vous que les Français aient encore confiance dans les politiques lorsque les députés n’acceptent pas une baisse de 10 % de leur salaire ? »
Ségolène ROYAL
Mais c’est tout à fait une possibilité que nous mettrons en place, on ne peut pas demander à tous les Français de faire un effort et aux élus de ne pas en faire. Ca n’a pas…
Jean-Jacques BOURDIN
Vous allez demander à tous les élus, ça va être aussi dans le programme de François HOLLANDE ?
Ségolène ROYAL
Ecoutez, c’est à lui de le dire mais c’est une hypothèse qui n’a pas du tout été écartée, moi je la trouverais tout à fait légitime.
Jean-Jacques BOURDIN
Légitime.
Ségolène ROYAL
Bien sûr.
Jean-Jacques BOURDIN
Que les traitements soient baissés de 10 !%.
Ségolène ROYAL
Bien sûr, on ne peut pas demander à tous les Français de faire un effort et voir ainsi le pouvoir d’achat baisser sans que les élus ne participent à cet effort, mais bien sûr.
Jean-Jacques BOURDIN
Question complémentaire à propos des institutions et des élus, c’est Bernard, dans l’Hérault, qui est membre du PS, sympathisant en tous les cas, qui nous dit : « Mais que faites-vous pour le cumul des mandats et pour la retraite des députés et sénateurs ? »
Ségolène ROYAL
La retraite a déjà été réformée pour être alignée sur le droit commun.
Jean-Jacques BOURDIN
Pas tout à fait.
Ségolène ROYAL
Pas tout à fait, donc…
Jean-Jacques BOURDIN
Non, on peut faire encore des efforts.
Ségolène ROYAL
On peut faire encore des efforts mais il y a déjà eu une réforme très importante qui a été faite. Sur la question du cumul des mandats, vous savez, moi je suis la seule responsable politique à avoir mis fin au cumul des mandats lorsque élue présidente de région je ne me suis pas représentée à la députation.
Jean-Jacques BOURDIN
Mais là vous allez vous présenter à la députation ?
Ségolène ROYAL
Là je vais me présenter à la députation.
Jean-Jacques BOURDIN
Donc vous allez abandonner la présidence de région…
Ségolène ROYAL
Non, je finirai mon mandat comme je l’ai fait précédemment mais je ne me représenterai…
Jean-Jacques BOURDIN
Mais vous cumulerez alors ?
Ségolène ROYAL
Je finirai mon mandat parce qu’on m’a confié un mandat et comme je l’ai fait précédemment j’avais également fini mon mandat de parlementaire lorsque j’ai été élue présidente de région mais je ne me suis pas représentée aux législatives, j’ai été la seule à faire cet effort. Donc je suis contre le cumul des mandats mais pour l’exercice du mandat pour lequel on a été élu avec, et c’est l’engagement que je prends, le non-cumul bien évidemment des indemnités.
Jean-Jacques BOURDIN
Le non-cumul des indemnités, c’est-à-dire que vous ne cumulerez pas votre indemnité de présidente de région et votre indemnité…
Ségolène ROYAL
Voilà, je finirai mon mandat mais je renoncerai à mon indemnité de présidente de région, ça me parait tout à fait évident.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien, je vous laisse avec les auditeurs. Marie-Ange, Gérard…
Ségolène ROYAL
Alors Marie-Ange…
Jean-Jacques BOURDIN
Marie-Ange…
Marie-Ange
Oui, bonjour, bonjour Madame ROYAL, bonjour Monsieur BOURDIN.
Jean-Jacques BOURDIN
Bonjour Marie-Ange.
Marie-Ange
Ma question est que faites-vous de la semaine de quatre jours ? Moi je me bats depuis que la demi-journée a été supprimée parce que je pense que c’est un véritable massacre pour les enfants…
Ségolène ROYAL
Oui, vous avez raison, oui.
Marie-Ange
… Qui ont besoin d’être pris en charge et non pas distribués soit dans la rue pour une grande majorité parce que les parents ne peuvent pas toujours payer toutes les structures d’accueil. Et pour les mairies c’est quand même un poids très lourd à supporter aussi bien au niveau des locaux que des encadrements. Alors moi je pense que nos enfants ont réellement besoin d’aller à l’école, d’être encadrés par des personnels compétents. Donc là aussi formation des enseignants, c’est une chose essentielle à remettre en place. Alors qu’en pensez-vous ?
Ségolène ROYAL
Je pense que la question des rythmes scolaires est très importante. Outre les inconvénients que vous venez de soulever, il y a aussi le problème d’une journée extrêmement lourde pour les enfants parce que pour faire tout leur travail sur quatre jours, le bilan de santé des enfants a montré que la semaine de quatre jours donnait des enfants épuisés en fin de journée et donc il faudra en effet remettre à plat la question de la répartition du temps de travail des enfants qui est parfois plus lourde que celle du temps de travail des adultes, c’est dire à quel point nous devons en effet intervenir pour que les choses soient plus harmonieuses.
Jean-Jacques BOURDIN
Merci Marie-Ange.
Marie-Ange
Merci.
Jean-Jacques BOURDIN
Merci Marie-Ange. Alors j’ai une autre question, Ségolène ROYAL, celle d’André, qui est à Paris, qui nous dit : « La suppression de l’exonération des heures supplémentaires », vous allez supprimer l’exonération de charges sur les heures supplémentaires si vous êtes élus ?
Ségolène ROYAL
Oui, c’est dans le projet socialiste, oui.
Jean-Jacques BOURDIN
On est d’accord, c’est le projet socialiste. Mais comment allez-vous faire pour maintenir le pouvoir d’achat des salariés qui dans les petites entreprises bénéficient de ces heures supplémentaires pour compléter leur salaire ?
Ségolène ROYAL
Je ne pense pas que cette décision sera rétroactive, on ne pourra pas enlever du pouvoir d’achat aux gens, vous avez parfaitement raison, et donc ça sera une décision pour l’avenir mais pas pour le passé. Mais ça permettra aussi peut-être de redonner du pouvoir d’achat à ceux qui n’ont pas du tout de travail parce que l’exonération des heures supplémentaires a créé un effet d’aubaine pour les employeurs et surtout a aggravé le chômage des jeunes et des seniors.
Jean-Jacques BOURDIN
Oui mais pour beaucoup elles sont nécessaires ces heures supplémentaires défiscalisées, elles sont nécessaires parce que ça permet de toucher un peu plus à la fin du mois, Ségolène ROYAL.
Ségolène ROYAL
Bien sûr mais personne ne sera empêché de faire des heures supplémentaires mais il n’y aura plus le cadeau fait aux patrons, donc le salarié pour lui rien ne va changer, il pourra toujours faire des heures supplémentaires mais le patron n’aura plus cet effet d’aubaine qui consiste à faire en sorte que le travail d’une heure supplémentaire lui coûte moins cher que le travail d’un salarié, ça ce n’est pas normal !
Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL, je vous laisse avec d’autres auditeurs en ligne…
Ségolène ROYAL
Alors Gérard…
Gérard
Oui, bonjour.
Ségolène ROYAL
Bonjour.
Gérard
Bonjour Ségolène et bonjour Jean-Jacques, je suis très heureux d’avoir l’antenne. Tout d’abord ne me laissez pas cachée mon admiration pour Ségolène comme 47 !% des Français l’ont fait en 2007 et ensuite ma question c’est la suivante. Le système de…
Ségolène ROYAL
Merci ! (Elle sourit)
Gérard
Mais de rien Ségolène, c’est tout à fait normal !
Ségolène ROYAL
Ca fait plaisir !
Gérard
Ma question est la suivante : j’ai exercé de nombreuses responsabilités mutualistes pendant ma carrière dans la Fonction publique et à ce titre j’ai combattu pendant plus de 30 ans pour la santé, pour le système de soins. Or, depuis 2000, ce système de soins se dégrade et je voudrais savoir quelle est la position du candidat à la présidence et la vôtre aussi, Ségolène, sur la pérennisation et voire même l’amélioration du système de soins, d’accès aux soins pour tous les Français actuellement ?
Jean-Jacques BOURDIN
Effectif accès aux soins pour tous, les précisions de Ségolène ROYAL.
Ségolène ROYAL
Comme vous le savez, François HOLLANDE est allé récemment justement dans un hôpital public pour annoncer sa volonté politique de sauvegarder le système de soins public. Notre priorité va à l’hôpital public qui est aujourd’hui gravement frappé par une suppression d’effectifs, c’est dramatique. Quand on se rend dans certains services hospitaliers, on voit à quel point aujourd’hui ils sont exsangues. L’égalité d’accès aux soins c’est vraiment un élément majeur aussi de la République et du pacte républicain. Dans ce domaine-là, bien évidemment il y a aussi une question difficile de gestion budgétaire et financière mais la volonté politique, et ça c’est déjà très important parce qu’aujourd’hui vous voyez des médecins qui sont payés double dans les cliniques privées et donc qui fuient l’hôpital public et ça c’est absolument anormal et donc il faudra là aussi remettre à plat les circuits de financement. Quand vous voyez aussi certaines industries pharmaceutiques gagner beaucoup d’argent au dépend du secteur public de la santé là aussi il y aura de l’ordre à remettre dans ces circuits financiers qui ne sont pas défavorables pour tout le monde, c’est un euphémisme.
Jean-Jacques BOURDIN
Merci Gérard, pardon Gérard, oui mais très vite…
Gérard
Une dernière question…
Jean-Jacques BOURDIN
Très courte.
Gérard
Ce soir, il y a un débat très important à Marseille et dans toutes les grandes villes de France ensuite organisé par la Mutualité Française sur le débat 2012. Je participerai à ce débat et j’ai posé deux grosses questions qui en fait rejoignent ce que vient de dire Ségolène. La première, y a-t-il un pilote dans l’avion ? La deuxième, à qui profite le crime ?
Ségolène ROYAL
Bien sûr.
Gérard
Je pense que Ségolène là-dessus elle a répondu déjà partiellement et, deuxièmement, moi je voudrais que la Mutualité Française, qui est un acteur de la santé, soit associée de plus en plus et de mieux en mieux par rapport à tout ce qui s’est passé depuis des années aux soins, au système de santé en France.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien, merci Gérard.
Ségolène ROYAL
Elle le sera, vous pouvez en être assuré.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien, Ségolène ROYAL, vous avez encore deux auditeurs devant vous…
Ségolène ROYAL
Anne-Marie…
Anne-Marie
Oui, bonjour.
Ségolène ROYAL
Bonjour.
Anne-Marie
Je vous appelle, je voudrais savoir parce que moi j’écoute beaucoup la radio et RMC en particulier…
Jean-Jacques BOURDIN
Merci Anne-Marie.
Anne-Marie
Oui, merci, qui reçoivent beaucoup d’hommes politiques et je n’ai jamais, jamais entendu évoquer le cas des personnes, dans mon cas d’ailleurs, qui ont commencé à travailler très tôt. C’est-à-dire que moi j’ai commencé à 16 ans et demi, d’ores et déjà j’ai mes trimestres, je suis au chômage parce que j’ai eu des gros problèmes de santé, donc je suis au chômage, et malgré tout je dois attendre 60 ans pour partir en retraite, donc quand je vais partir en retraite j’aurai cotisé 181 trimestres ! Pourquoi est-ce que je suis obligée d’attendre 60 ans alors que j’ai d’ores et déjà mes trimestres et que tout le monde sait que je ne retrouverai pas de travail. Mais ce n’est jamais évoqué, on parle toujours de ceux qui ont commencé à 18 ans, ceux qui ont commencé à 14, 15 et 16 ans ils sont totalement oubliés, personne n’en parle ! Qu’est-ce que vous comptez faire ?
Ségolène ROYAL
Ce que nous comptons faire c’est la chose suivante, certaines années de cotisations vaudront plus. Par exemple, une année de cotisations vaudra deux ans pour les personnes, les salariés qui ont eu des métiers pénibles, qui ont travaillé de nuit, qui ont travaillé en travail posté, qui ont été exposés aux produits chimiques, qui ont des troubles musculo-squelettiques, je ne sais pas quel est votre métier, mais si vous avez commencé à 14 ans ça doit être à mon avis des métiers durs.
Anne-Marie
Moi j’ai commencé à 16 ans et demi.
Ségolène ROYAL
Dans quel métier ?
Anne-Marie
Donc j’ai 56 ans et demi.
Jean-Jacques BOURDIN
Dans quel domaine ?
Anne-Marie
J’ai travaillé dans la bonneterie et ensuite j’ai travaillé dans l’entretien…
Ségolène ROYAL
Oui, c’est ça, vous avez été ouvrière sur la chaîne, eh bien, Madame, pour les ouvrières sur la chaîne qui ont eu donc des métiers pénibles, certaines années cotisées, je ne peux pas vous dire aujourd’hui si une année vaudra deux ans ou vaudra trois ans mais vous pourrez partir avant l’âge de 60 ans dès lors que vous aurez votre durée de cotisations puisque ce sera le module commun à tous les Français, 41 ans et demi puis bientôt 42 ans, et donc pour les métiers pénibles, et c’est là où le bât blesse dans la réforme des retraites c’est qu’à aucun moment n’a été ouverte la discussion sur la prise en compte de la pénibilité des tâches qui doit permettre aux salariés de partir à un âge où ils sont encore en bonne santé pour pouvoir profiter de leur retraite. Et, par conséquent, vous pourrez parti plus tôt parce que nous intégrerons dans la nouvelle réforme des retraites la prise en compte de la pénibilité des tâches qui fera que certaines années de cotisations vaudront double.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien, merci Anne-Marie. Dernière question avec, moi j’ai deux, trois questions d’auditeurs par mail mais vous avez encore une dernière question devant vous…
Ségolène ROYAL
Alors c’est Marc ?
Marc
Oui, allô ?
Ségolène ROYAL
Oui ?
Marc
Oui, bonjour, Ségolène, bonjour Monsieur BOURDIN, meilleurs vœux pour 2012.
Ségolène ROYAL
Merci !
Jean-Jacques BOURDIN
Merci, bonjour Marc.
Marc
La question que je voulais vous poser c’est à peu près la même que la dame qui est passée avant moi, je vais être le porte-parole des personnes dans ma situation. J’ai 59 ans, j’ai commencé à 15 ans, on m’a donné la loi FILLON pendant trente-six mois et au bout de trente-six mois on m’a dit « vous n’avez plus rien, vous recherchez un emploi », je n’ai plus droit au RSA, je n’ai plus droit à l’ASS, je n’ai plus droit à rien, et donc je suis trop vieux pour travailler, trop jeune pour la retraite et au milieu je n’ai plus rien pour vivre ! Et la deuxième question qui est au sujet des salaires, j’entends Marine LE PEN proposer 200 euros pour les bas salaires, qu’set-ce que vous proposez vous en sachant qu’à l’époque vous mettiez le SMIC à 1.500 euros ?
Ségolène ROYAL
Sur la première question, je viens d’y répondre, vous aurez le droit de partir à la retraite dès lors que vous avez votre durée de cotisations, nous rétablirons le droit de partir à la retraite qui vient d’être lamentablement supprimé et la description de ce que vous venez de faire est vraiment très symbolique des situations quand même inadmissibles. On nous avait promis le respect de la valeur travail et ce qui vous arrive, c’est-à-dire que vous avez travaillé, vous avez cotisé, vous ne pouvez pas prendre la retraite et vous tombez dans une espèce de trappe à chômage alors que vous ne pouvez pas retrouver du travail. Ca c’est le non-respect des salariés et moi je veux que la valeur du travail et la valeur du respect des salariés soient restaurées et qu’ils aient droit d’accéder à leurs acquis sociaux, première chose. La deuxième chose, qui peut être contre le relèvement des bas salaires, qui ? Bien évidemment qu’il faut relever les bas salaires. D’ailleurs, on voit aujourd’hui dans les Restos du Cœur de plus en plus de salariés, de salariés pauvres. Donc ce concept même de salariés pauvres c’est quelque chose qui est inacceptable, on doit pouvoir vivre dignement de son salaire. Et quand on voit l’explosion de la facture énergétique, + 40 % en un an, l’explosion des prix du logement, on se demande, on ne s’étonne plus que 15 millions de personnes en France finissent le mois à 50 euros près. Bien évidemment qu’il faut donner 50 euros de salaire et pourquoi même pas plus ! Mais Marine LE PEN doit avoir les mêmes questions que celles qui sont posées aux autres candidats, on doit lui demander comment elle finance. Moi j’ai une proposition pour pouvoir augmenter les bas salaires c’est d’alléger les charges que paient les salariés. Parce que quand vous prenez une fiche de paie et que vous regardez le salaire brut et ce qui reste au salaire net il y a un gouffre, il y a un écart considérable. Et donc dans ce débat de transfert des charges sur le travail ce que je souhaite c’est que les charges payées par les salariés, pas celles payées par les patrons comme propose Nicolas SARKOZY, celles payées par les salariés soient transférées vers la CSG, vers la contribution sociale généralisée qui englobe les revenus du travail et les revenus du capital ! Parce qu’il n’est pas normal que ce soit que les salaires qui subissent les cotisations de sécurité sociale et d’allocations familiales.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien, merci Marc. J’ai encore trois questions et puis je vous laisse, Ségolène ROYAL. Que va faire le PS pour diminuer les dépenses de l’Etat ? Supprimer les départements, diminuer les fonctionnaires, le nombre de fonctionnaires qui représentent une dépense de 56 % de la richesse créée en France ?
Ségolène ROYAL
Il va restructurer l’organisation des collectivités territoriales, peut-être pas jusqu’à aller supprimer les départements parce qu’il faut éviter aussi de faire plus de dépenses en croyant faire des économies mais en recadrant les collectivités territoriales sur leur cœur de métier je pense que nous pouvons en effet faire faire des économies au fonctionnement des institutions.
Jean-Jacques BOURDIN
Quelle est votre position sur l’anonymat des parrainages des maires ? Est-ce que vous trouveriez illogique ou logique que Marine LE PEN ne puisse pas se présenter ?
Ségolène ROYAL
C’est une opération de communication que le Front national nous fait à chaque élection présidentielle pour pouvoir mobiliser ses électeurs. Je suis convaincue qu’elle a ses parrainages ou alors c’est grave, sur 36.000 maires ne pas trouver 500 maires qui adhèrent à vos idées c’est quand même inquiétant !
Jean-Jacques BOURDIN
Antonin va terminer, Antonin, vous savez, habite Niort, une ville que vous connaissez bien. « Bonjour Madame Royal – il a 22 ans Antonin – dans un monde dirigé par l’économie de marché et une France de plus en plus austère, à 22 ans je ne crois pas en la politique, je ne me sens pas concerné car au quotidien l’Etat et ses élus ne m‘aident pas ou du moins cela ne se fait pas ressentir. Ras-le-bol des performances de communication et du manque d’action ! Que pourriez-vous dire pour que je m’y intéresse à nouveau ?
Ségolène ROYAL
Je veux que vous retrouviez une espérance, je veux que les Français retrouvent un bon moral, je veux de l’optimisme et de la volonté. Je veux, Monsieur, que vous trouviez une perspective de travail, d’action, de passion, que vous vous engagiez dans la vie en trouvant effectivement autour de vous des adultes sur lesquels vous appuyer pour pouvoir avancer. Je souhaite que dans la commune où vous vivez, dans la région où vous vivez, on puisse vous tendre une main et vous proposer une formation professionnelle, un emploi, un apprentissage, une formation par alternance, ce sont des solutions auxquelles je crois beaucoup parce que je vois que 80 % des jeunes en alternance trouvent du travail à la sortie dans des métiers très diversifiés dans lesquels ils se passionnent. Donc l’essentiel dans la vie c’est de trouver sa passion, de trouver sa voie et je veux que chaque jeune dans notre pays trouve sa passion, trouve sa voie et retrouve ce que j’appelle un « désir d’avenir ».
Jean-Jacques BOURDIN
Bien, merci Ségolène ROYAL d’être venue nous voir ce matin, merci à vous. Nous allons continuer évidemment l’émission comme nous le faisons tous les jours, il est 09 h 39. D’autres invités dans les jours qui viennent vont répondre à vos questions.
09:40:10 FIN