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Ségolène Royal était l’invitée de Jean-Michel Aphatie sur RTL


Ségolène Royal, présidente de la région… by rtl-fr

Jean-Michel APHATIE

Bonjour Ségolène ROYAL.

Ségolène ROYAL

Bonjour.

Jean-Michel APHATIE

Un sommet de crise se tient à l’Elysée ce matin, le président de la République a expliqué hier à Pamiers lors de ses vœux à la France rurale, qu’il fallait alléger le cout du travail dans les entreprises pour qu’elles créent à nouveau des emplois. Nicolas SARKOZY à tort ou raison ?

Ségolène ROYAL

Il a raison, le problème c’est qu’il l’a dit déjà il y a cinq ans, pour se faire élire président de la République, et voilà qu’il découvre en fin de quinquennat ce qu’il disait en début de quinquennat, ce qu’il aurait du faire pendant cinq années.

Jean-Michel APHATIE

Mieux vaut tard que jamais.

Ségolène ROYAL

Non, parce que maintenant c’est trop tard pour passer à l’action. Comme le disait Alain DUHAMEL, avec lequel je suis entièrement d’accord, il y a là une sorte de mise en scène. Malgré tout, moi ce que j’attends de ce sommet de crise c’est une prise de conscience que le système est en faillite, que nous subissons la finance, la voracité financière et que jamais cette phrase de ROOSEVELT n’a eu autant d’actualité, être gouverné par l’argent organisé est aussi dangereux que l’être par le crime organisé.

Jean-Michel APHATIE

Comment ne pas être gouverné par l’argent ?

Ségolène ROYAL

En changeant le système. Comment changer le système ? C’est mettre les banques au service des entreprises et les entreprises au service du progrès humain. Voilà le bon ordre des choses. Et aujourd’hui nous subissons l’inverse de cet ordre des choses, c’est à dire les hommes et les femmes sont broyés par des entreprises qui elles mêmes sont broyées par un système financier qui n’a pas été mis en ordre et qui parce que le gouvernement et le président de la République ont raté cette occasion historique de l’année 2008 – je le disais déjà à l’époque dans une relative solitude – lorsque l’Etat a renfloué les banques avec l’argent du contribuable, c’était une occasion historique d’entrer au capital des banques et de les obliger à faire leur travail, à savoir financer les moyennes entreprises en particulier, celles qui créent de l’emploi et celles qui innovent.

Jean-Michel APHATIE

Trouvez-vous un écho de ce que vous dites dans les propos de François HOLLANDE, mettre la finance au service de l’économie. Vous trouvez un écho dans les propos de François HOLLANDE ?

Ségolène ROYAL

Oui puisque cette proposition …

Jean-Michel APHATIE

Vous l’écoutez bien parce que moi je ne l’ai pas vraiment entendu.

Ségolène ROYAL

Cette proposition était déjà reprise par le projet socialiste, notamment par exemple la création d’une banque publique d’investissement, c’est une proposition que j’avais faite, ça a été intégré au projet socialiste…Il faut je pense aller beaucoup plus loin, et il faut que le candidat socialiste, que François HOLLANDE, montre que nous aurons la capacité de changer le système. Et donc de faire tout de suite la réforme bancaire. Moi je souhaite aussi l’interdiction des licenciements…

Jean-Michel APHATIE

On ne l’a pas entendu beaucoup.

Ségolène ROYAL

Mais attendez, il va parler dimanche prochain. Je souhaite toujours l’interdiction des licenciements boursiers. Regardez Gandrange, c’est typique de licenciements boursiers, voilà un groupe qui gagnait de l’argent et qui a liquidé les hauts fourneaux français, ce qui est proprement inadmissible. Je souhaite l’entrée de l’Etat dans le capital des entreprises stratégiques, l’autorisation donnée aux régions d’entrer dans le capital des pôles de compétitivité, pour justement changer la structure de l’organisation du système économique.

Jean-Michel APHATIE

Vous risquez d’être déçue dimanche à l’écoute du discours de François HOLLANDE ?

Ségolène ROYAL

J’espère que non.

Jean-Michel APHATIE

D’accord. On fera le point.

Ségolène ROYAL

On fera le point.

Jean-Michel APHATIE

Sommet de crise, vous n’en attendez pas grand-chose, pour en terminer avec ce qui va se passer tout à l’heure à l’Elysée. C’est une mise en scène, d’après vous, du candidat SARKOZY, c’est ça ?

Ségolène ROYAL

Oui, donc j’ai dit ce que j’en attendais quand même, c’est une prise de conscience pour le changement de système et deuxièmement j’attends que la mauvaise décision sur la hausse de la TVA ne soit pas prise, parce que c’est un prélèvement sur le pouvoir d’achat, et, on ne l’a jamais dit encore, mais c’est un renchérissement des facteurs de production dans l’entreprise, parce que si on taxe les produits, il y a certains produits qui participent à la production économique des entreprises. Et troisièmement j’attends aussi de ce sommet de crise qu’il prenne à bras le corps la question qui préoccupe ce matin les Français, la hausse du prix de l’essence…

Jean-Michel APHATIE

Prendre ce problème à bras le corps.

Ségolène ROYAL

Je suis pour un blocage du prix de l’essence, ce n’est pas la première fois que je le dis, il faut donc que le gouvernement compense … D’abord contrôle les entreprises pétrolières pour savoir si elles n’ont pas trop répercuté la hausse du prix du brut sur les prix, et deuxièmement baisse la fiscalité sur le prix de l’essence pour que le cout du prix de l’essence à la pompe n’augmente pas. Et troisièmement – vous allez me dire c’est ma marotte – mais je crois que là aussi vous verrez un jour on dira que j’avais raison, c’est qu’on a perdu cinq ans pour mettre au point la voiture électrique, aujourd’hui il y a certains producteurs français qui timidement s’y mettent, notamment la MIA Electric qui est en train de marcher. Les pays étrangers sont plus intéressés par la voiture électrique française que le gouvernement français, et ça c’est malheureux puisque là aussi, au lieu de voir pendant cinq ans tous les sous traintants de l’automobile fermer leurs portes comme New Fabris, avec des desespoir chez les salariés, on aurait pu réorienter la production industrielle française vers le transport propre, les énergies renouvelables, cette mutation écologique qui aurait pu faire de la France la première puissance écologique d’Europe.

Jean-Michel APHATIE

Donc bloquer le prix de l’essence en tout cas, puisque ça c’est immédiat, c’est votre demande de ce matin. Une polémique est en train de poindre parmi les dirigeants socialistes, François HOLLANDE a promis l’embauche de 60 000 personnes à l’Education nationale, s’il était élu à l’Elysée en mai prochain, et l’un de ses lieutenants, Jérôme CAHUZAC a dit : « ces embauches seront compensés par des redéploiements dans la fonction publique », ce qu’a critiqué par exemple Benoit HAMON. Quelle est votre opinion sur le sujet Ségolène ROYAL.

Ségolène ROYAL

D’abord une observation de méthode. Je pense qu’il n’est pas bien que les socialistes polémiques publiquement. Il y a des lieux de discussion pour cela, nous nous réunissons tous les mercredis en conseil politique, donc il faut que le programme du candidat socialiste soit mis au point dans des discussions techniques de travail entre socialistes et pas sur la place publique.

Jean-Michel APHATIE

Donc, un tacle pour Benoit HAMON.

Ségolène ROYAL

Voilà. Sur le fond je pense que la dégradation de la situation économique et financière de la France et l’état dans lequel la droite nous laissera la France nous oblige en effet à être réalistes et prudents. Moi j’ai toujours pensé d’ailleurs que le recrutement des enseignants qui est nécessaire ne peut se faire qu’au fur et à mesure où la France récupèrera ses marges de manœuvre budgétaires, et c’est ce que nous ferons.

Jean-Michel APHATIE

Donc pas tout de suite …

Ségolène ROYAL

Pas tout de suite et pas d’un coup, ça c’est évident. D’ailleurs c’est jamais ce que François HOLLANDE…

Jean-Michel APHATIE

Vous prônez la prudence.

Ségolène ROYAL

François HOLLANDE n’a jamais dit tout de suite et d’un coup, et de toute façon il faudra de toute façon être réalistes et bien observer aussi que l’amélioration du système éducatif c’est non seulement remettre des enseignants mais c’est aussi leur donner les moyens de se former, de s’adapter aussi aux jeunes d’aujourd’hui, d’être plus à même de bien gérer leur classe et de transmettre le savoir.

Jean-Michel APHATIE

Etes vous nostalgique des temps passés en observant l’actuelle campagne électorale Ségolène ROYAL ?

Ségolène ROYAL

Nostalgique non parce que je ne crois pas que ce soit un sentiment constructif, mais j’observe que ce n’est pas si facile une campagne électorale.

Jean-Michel APHATIE

Vous vous dites « je ferai mieux ? »

Ségolène ROYAL

Je dis « je ferai sans doute un peu différemment », mais c’est normal nous avons des tempéraments différents.

Jean-Michel APHATIE

Mais différents ce n’est pas mieux forcément ?

Ségolène ROYAL

Ca dépend du contexte politique et ce qu’attendent les Français. Je crois de toute façon, vous savez, que le rejet de l’actuel président de la République sortant – qui d’ailleurs devrait commencer à avoir le courage d’être candidat, parce que là aussi le débat de fond pourrait se nouer – donc ce rejet est tel, mais en même temps il n’est pas suffisant, et une dynamique électorale comme disait François MITTERRAND c’est aussi un débat fracassant, c’est à dire une adhésion populaire autour d’une espérance commune. D’ailleurs vous savez le médiateur de la République a fait…c’est fini, je ne devrais pas dire ça…

Jean-Michel APHATIE

Non, allez y… Qu’est-ce qu’il a fait le médiateur ?

Ségolène ROYAL

A fait un rapport passionnant, il a montré que malgré les difficultés économiques huit Français sur dix attendaient d’adhérer à un destin collectif et garder un optimisme de la volonté. Eh bien c’est ça que je voudrais que l’on retrouve, c’est cet optimisme de la volonté.

Jean-Michel APHATIE

Ségolène ROYAL qui ferait différemment mais pas forcément mieux, était l’invitée de RTL ce matin.

Ségolène ROYAL

Je suis modeste, vous voyez.

Jean-Michel APHATIE

Bonne journée.