L'Equipe de Ségolène Royal
Ségolène Royal était l’invitée de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV et RMC
Jean-Jacques BOURDIN
Notre invitée ce matin, Ségolène ROYAL. Bonjour…
Ségolène ROYAL
Bonjour.
Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL. Alors, nous avons appris, de la bouche de monsieur JOUYET, Jean-Pierre JOUYET, que vous connaissez bien…
Ségolène ROYAL
Oui.
Jean-Jacques BOURDIN
Que Jean-Marc AYRAULT allait être nommé Premier ministre. Enfin, il a dit, précisément, à Jean-Michel APHATIE sur RTL, il a dit « Jean-Marc AYRAULT sera nommé Premier ministre, je le pense. » Vous pensez la même chose ?
Ségolène ROYAL
C’est surtout une gaffe.
Jean-Jacques BOURDIN
C’est une gaffe ?
Ségolène ROYAL
Oui, ce n’est pas bien de faire ça.
Jean-Jacques BOURDIN
Pourquoi ce n’est pas bien ?
Ségolène ROYAL
Ce n’est pas bien, parce qu’il faut respecter les institutions de la République française, et c’est au secrétaire général de l’Elysée d’annoncer, sur le perron de l’Elysée, sur instruction du président de la République, qui sera le chef de gouvernement, et à personne d’autre, et certainement pas à quelqu’un qui veut faire croire qu’il est dans le secret, puisque tant que cette nomination n’a pas eu lieu, rien n’est fait.
Jean-Jacques BOURDIN
Mais vous saviez quand même, Jean-Marc AYRAULT était le favori, c’était un peu un secret de polichinelle, non ?
Ségolène ROYAL
Ne comptez pas sur moi pour faire la même erreur… j’ai le sens des responsabilités et le sens de l’Etat.
Jean-Jacques BOURDIN
Non, non, mais… vous auriez choisi, c’est un bon choix Jean-Marc AYRAULT ?
Ségolène ROYAL
Je vous ferai la même réponse.
Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais au-delà de la langue de bois, on verra s’il est choisi comme Premier ministre, mais c’est un bon choix ?
Ségolène ROYAL
Mais, je vous le dirai, dès qu’il sera nommé. Franchement, je vous dirai en toute liberté ce que j’en pense.
Jean-Jacques BOURDIN
Ce que vous en pensez, bon ! Mais Jean-Pierre JOUYET, pourtant, c’est un proche de François HOLLANDE, Ségolène ROYAL.
Ségolène ROYAL
Oui, c’est pour ça qu’il aurait d’autant plus être vigilant et respectueux de François HOLLANDE.
Jean-Jacques BOURDIN
Bon ! Ça peut ternir cette première journée, de présidence, pour François HOLLANDE ? Franchement.
Ségolène ROYAL
Il ne faut pas que ça se renouvelle, voilà.
Jean-Jacques BOURDIN
C’est-à-dire ?
Ségolène ROYAL
C’est-à-dire, aujourd’hui c’est une journée cruciale, c’est une journée importante, fortement symbolique, dans le fonctionnement de la République, c’est la passation de pouvoir, c’est-à-dire le moment où les Français vont assister à la concrétisation de leur vote, pour l’instant ils n’ont pas vu concrètement comment les choses se traduisaient, donc là il va y avoir la transmission du pouvoir, et dans une République c’est un moment solennel, qui est très important, et qui doit être respecté en tant que tel.
Jean-Jacques BOURDIN
Ça peut ternir donc, à vos yeux… c’est-à-dire qu’on ne va parler que de ça, quoi ! Si j’ai bien compris.
Ségolène ROYAL
Ternir, le ternir, le mot….
Jean-Jacques BOURDIN
Ternir, le mot est peut-être un peu fort…
Ségolène ROYAL
Le mot est un peu fort, mais disons…
Jean-Jacques BOURDIN
Oui, c’est un peu fort.
Ségolène ROYAL
Il faut que chacun s’en tienne…
Jean-Jacques BOURDIN
Ça va alimenter la chronique.
Ségolène ROYAL
A ce qu’il doit faire, et n’empiète pas sur les compétences qui ne se sont pas les leurs.
Jean-Jacques BOURDIN
Vous ne serez pas à l’Elysée tout à l’heure.
Ségolène ROYAL
Mais là aussi, est-ce que c’est une question importante ?
Jean-Jacques BOURDIN
Non non, mais d’accord, mais, vous le regrettez ou pas ?
Ségolène ROYAL
Je ne veux pas faire d’incident dans l’incident, mais… ou d’histoire…
Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais vous le regrettez ou pas, sincèrement ? Soyons sincères.
Ségolène ROYAL
Je ne le regrette pas puisque je l’ai décidé.
Jean-Jacques BOURDIN
C’est vous qui l’avez décidé ?
Ségolène ROYAL
Oui, c’est moi qui l’ai décidé.
Jean-Jacques BOURDIN
Pourquoi ?
Ségolène ROYAL
Non, mais… est-ce que c’est une question importante ?
Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais pourquoi ?
Ségolène ROYAL
Là aussi, revenons aux fondamentaux de cette journée.
Jean-Jacques BOURDIN
Ne vous inquiétez pas, on va revenir…
Ségolène ROYAL
Ecoutez, vous me faites l’honneur de me donner quelques minutes sur votre antenne, je préférerai parler de la journée d’aujourd’hui, de sa force symbolique…
Jean-Jacques BOURDIN
Mais on va parler de cette journée, de la force symbolique…
Ségolène ROYAL
De ce qui va se passer, de l’engagement pour les Français, de l’attente du changement.
Jean-Jacques BOURDIN
Mais pourquoi avoir voulu ne pas être à l’Elysée aujourd’hui, quand même, Ségolène ROYAL ?
Ségolène ROYAL
Ce n’est vraiment pas un sujet.
Jean-Jacques BOURDIN
Non, vraiment pas ?
Ségolène ROYAL
Non, ce n’est vraiment pas un sujet.
Jean-Jacques BOURDIN
Et est-ce que c’est vous qui avez voulu que vos enfants n’y aillent pas ?
Ségolène ROYAL
Ce sont eux.
Jean-Jacques BOURDIN
Ce sont eux ?
Ségolène ROYAL
Vous savez…
Jean-Jacques BOURDIN
Disons les choses Ségolène ROYAL…
Ségolène ROYAL
Ecoutez, disons les choses…
Jean-Jacques BOURDIN
Parce que, vous le savez, les Français s’interrogent, vous le savez bien.
Ségolène ROYAL
Non, les Français attendent ce qui va changer concrètement pour eux dans leur vie quotidienne, comment la France va sortir…
Jean-Jacques BOURDIN
Ça, je suis bien d’accord avec vous.
Ségolène ROYAL
De l’ornière dans laquelle elle est aujourd’hui.
Jean-Jacques BOURDIN
Ça on est bien d’accord.
Ségolène ROYAL
Vous êtes d’accord avec moi…
Jean-Jacques BOURDIN
Il n’y a pas d’état de grâce, on va en parler.
Ségolène ROYAL
Et pas de savoir qui est là, qui n’est pas là, comment ça s’est passé. Moi je ne veux pas alimenter cette chronique. En même temps je considère que vos questions sont légitimes, si vous les posez, vous êtes, vous, au contact des auditeurs, des téléspectateurs…
Jean-Jacques BOURDIN
Qui s’interrogent.
Ségolène ROYAL
Voilà, et donc vos questions sont légitimes aussi. Donc, je vais y répondre très simplement, les choses sont très très simples. En ce qui me concerne, je pense que ma responsabilité de femme d’Etat, m’a fait évaluer la situation. Et je pense que dans ce moment, précisément pour que cette place soit pleinement occupé par le nouveau président de la République, que je me devais d’être momentanément en retrait. Pour qu’il n’y ait pas justement, de digression sur d’autres sujets, je suis l’ancienne candidate, nous avons eu une vie commune longue…
Jean-Jacques BOURDIN
Une vie commune, oui, oui.
Ségolène ROYAL
Très longue, je l’ai dit, ça m’aurait fait plaisir d’être là, ensuite, il y a eu la pression médiatique qui a monté. Songez qu’une chaîne de télévision, voulait même m’emmener de mon domicile en caméra embarquée, jusqu’à l’Elysée. J’ai dit, mais attendez, ce n’est pas moi, qui était élue. Et donc j’ai pensé en responsabilité, qu’il était bon pour le nouveau président de la République et pour l’histoire qui est en train de s’écrire, que je reste momentanément en retrait. Quant à mes enfants…
Jean-Jacques BOURDIN
Oui.
Ségolène ROYAL
Contrairement à ce qui a été écrit dans certains journaux et ça je tiens à le dire, ce sont eux qui ont pris cette décision. Ce n’est pas vrai, qu’ils n’ont pas été invités. J’entends les communicants réécrire l’histoire là aussi, pour se donner de l’importance, et raconter qu’ils ont voulu une cérémonie sobre et donc que les enfants n’ont pas été invités. Pas du tout ! Nos enfants ont été invités par leur père, et je crois que c’était affectueux et il a bien fait de le faire. Et là aussi, en en parlant tous les quatre, ils ont considéré pour plusieurs raisons…
Jean-Jacques BOURDIN
Pourquoi ? Pourquoi ?
Ségolène ROYAL
Pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’ils sont intelligents et fins et ils ont tout de suite compris qu’il y aurait en image un parallèle entre ce qui s’est passé, il y a en 2007 et aujourd’hui. Ils ne voulaient pas de cette image en parallèle. Là aussi ! Pour qu’il n’y ait pas de digression, dans l’histoire principale qui est en train de s’écrire. Et ensuite, ils ne souhaitent pas être surexposés. Et pourtant, vous savez l’un d’eux, Thomas a fait un travail formidable dans cette campagne, notamment dans la campagne Internet…
Jean-Jacques BOURDIN
Il a envie de faire de la politique d’ailleurs, Thomas, un jour ?
Ségolène ROYAL
Pas pour l’instant.
Jean-Jacques BOURDIN
Pas pour l’instant.
Ségolène ROYAL
Pas pour l’instant, parce qu’il sait précisément, que s’il s’engage en politique, on dira que c’est grâce à son père ou que c’est grâce à sa mère…
Jean-Jacques BOURDIN
Ce qui s’est passé avec le fils de Nicolas SARKOZY, par exemple ?
Ségolène ROYAL
Voilà ! Ecoutez, que les erreurs des autres sans les accabler servent de leçon et nous servent à réussir collectivement cette journée très importante.
Jean-Jacques BOURDIN
Bien, cette mise au point était importante. Merci, de l’avoir fait sur RMC et BFM TV, ce matin, Ségolène ROYAL.
Ségolène ROYAL
Voilà !
Jean-Jacques BOURDIN
On va parler maintenant de politique, on va parler de la première journée de François HOLLANDE, de cette rencontre si importante avec Angela MERKEL à Berlin, on va parler de l’état de grâce qui n’existe pas. Il n’y a pas d’état de grâce, pour la première fois peut-être dans l’histoire de la République, parce que la situation est urgente, parce que la France est en difficultés. Ségolène ROYAL, notre invitée, tout de suite, dans 2 minutes nous retrouvons Ségolène ROYAL. A tout de suite.
—
Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL est notre invitée, ce matin. Il est 9 heures moins le quart. Je le disais tout à l’heure, Ségolène ROYAL, pas d’état de grâce pour le nouveau président ? Vous en convenez ?
Ségolène ROYAL
C’est vrai. Oui.
Jean-Jacques BOURDIN
Ce qui est tout nouveau ?
Ségolène ROYAL
Il en est conscient et…
Jean-Jacques BOURDIN
Il en est conscient ?
Ségolène ROYAL
Et nous en sommes tous collectivement conscients. Pourquoi ? Parce que la situation est quand même terrible. Les gens ont peur, ils ont peur que la France devienne la Grèce. Donc ils ont choisi le changement, ils ont choisi le changement, en espérant qu’il y a d’autres solutions. Et c’est en même temps un défi, extraordinaire de démontrer qu’il y a en effet, d’autres solutions. Et ces solutions commencent par l’Europe. D’où le déplacement très important et pas seulement symbolique, mais très important, de François HOLLANDE en Allemagne.
Jean-Jacques BOURDIN
Alors François HOLLANDE qui veut un pacte de croissance pour compléter le pacte budgétaire. Ce fameux pacte budgétaire, signé en mars, qui institutionnalise en quelque sorte la rigueur et l’austérité. Notamment dans les finances publiques. Mais est-ce qu’on peut conjuguer les deux ? Est-ce qu’il peut obtenir cela de madame MERKEL ?
Ségolène ROYAL
Je le pense. Vraiment !
Jean-Jacques BOURDIN
Vous le pensez ?
Ségolène ROYAL
C’est non seulement, une obligation d’obtenir ça, une obligation pour le futur, pour l’avenir de l’Europe, pour l’avenir des peuples, mais c’est aujourd’hui, une situation qui est mure pour que les choses évoluent. D’abord, il faut que madame MERKEL tienne compte du vote du peuple français, elle va avoir le nouveau président de la République en face d’elle, qui vient d’être élu. Elle-même vient de perdre des élections locales, très importantes, donc elle est en fragilité dans son pays. Je veux dire par-là que, l’Allemagne ce n’est pas madame MERKEL toute seule. Il y a aussi, en Allemagne des forces politiques qui demandent, une autre politique européenne. Non pas pour revenir sur la nécessité de lutter contre les déficits, ça c’est très important, nous n’avons d’ailleurs jamais remis en cause, cette nécessité là, mais pour être un peu plus imaginatif et pour mobiliser, les fonds européens et les mouvements de capitaux, vers l’investissement productif. Il est là, l’enjeu majeur. Pourquoi y a-t-il autant de déplacement de milliards d’euros à l’échelle de la planète, de milliards de dollars à des fins de recherche, de rendements spéculatifs ? Et pourquoi les dirigeants représentants les peuples n’ont jusqu’ici, pas eu la capacité de mettre des règles, pour que l’argent aille d’abord au développement économique, à la relance des entreprises, à la création d’emploi, au pouvoir d’achat, plutôt qu’aux placements spéculatifs ? Alors il y a des solutions très concrètes, très opérationnelles, d’abord la taxation des mouvements de capitaux, c’est la moindre des choses. Pour décourager ces mouvements de capitaux et pour lever des crédits qui pourront être investis dans des grands travaux créateurs d’activités et d’emplois. Deuxièmement, la réforme bancaire, il est impératif que lorsque les Etats renflouent les banques, les Etats entrent au capital de ces banques pour que les ressources bancaires aillent prioritairement au développement des entreprises plutôt qu’à la spéculation et puis la défense du pouvoir d’achat. Ce n’est pas en faisant des coupes drastiques, dans les salaires, dans les retraites, songez que les Grecs ont connu 25 % de baisses des salaires en un an. Et les prix n’ont pas diminué eux. Donc vous imaginez les niveaux de pauvreté, de précarité, de mendicité, de mendicité dans un pays européen !
Jean-Jacques BOURDIN
Petites parenthèses sur la Grèce, est-ce qu’on doit absolument garder la Grèce dans l’euro ? Parce qu’il y a un débat qui s’installe en Europe ?
Ségolène ROYAL
Il y a un débat. Posons le débat.
Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que vous, vous êtes fermement décidée, est-ce que la Grèce reste dans l’euro ? Ou garde l’euro ?
Ségolène ROYAL
Les réponses, vous savez les réponses comme ça, carrées, de technocrates, il faut que la Grèce reste dans l’euro, sinon c’est très dangereux, etc. Les gens n’écoutent plus ces réponses-là. D’où les résultats des élections en Grèce, donc il faut aujourd’hui, avoir la capacité d’expliquer pourquoi il est important de rester dans l’euro. Car il y a une grosse erreur qui a été faite lors de la construction de la zone euro, c’est qu’il n’y a pas eu de gouvernement économique mise en place en même temps, que la zone euro. C’est-à-dire des hommes et des femmes élus du peuple qui décident…
Jean-Jacques BOURDIN
Mais il est trop tard ?
Ségolène ROYAL
Non, il n’est pas trop tard ! Il n’est pas trop tard ! Et aujourd’hui, qui décide ? C’est le Fonds Monétaire International, c’est la Commission européenne qui n’est pas élue. C’est la Banque Centrale Européenne qui fait sa loi, alors qu’il y a des chefs d’Etat, des chefs de gouvernement, des élus représentants du peuple, qui n’ont, eux, jamais le droit à la parole. Donc il faut remettre de l’ordre aussi, dans les institutions européennes, pour qu’il y ait un vrai gouvernement politique qui décide de l’orientation de l’Europe…
Jean-Jacques BOURDIN
C’est ce que va dire François HOLLANDE à Angela MERKEL, aussi ce soir ?
Ségolène ROYAL
C’est ce qu’il a dit pendant sa campagne…
Jean-Jacques BOURDIN
Oui. Et c’est ce qu’il va dire ce soir ?
Ségolène ROYAL
Et je suppose qu’en cohérence, puisque c’est un homme cohérent, que c’est ce qu’il va dire ce soir à Angela MERKEL.
Jean-Jacques BOURDIN
Angela MERKEL, est-ce qu’il va lui dire qu’il n’est toujours pas question de faire ratifier le traité en l’état, en France ?
Ségolène ROYAL
La question juridique de la ratification, de la forme des textes, doit être revue après l’objectif politique. Souvent les négociations internationales échouent lorsque l’on d’abord de la forme avant de parler du fond…
Jean-Jacques BOURDIN
Donc en l’état, on ne ratifie pas le traité ?
Ségolène ROYAL
En l’état, ce qu’il faut faire émerger, entre la France et l’Allemagne, ce sont les objectifs communs que nous voulons atteindre.
Jean-Jacques BOURDIN
Oui, mais aujourd’hui, comme il n’y a que, si je comprends bien, dans ce traité, un côté rigueur austérité, on ne ratifie pas ce traité en l’état ?
Ségolène ROYAL
La question ne se pose pas aujourd’hui.
Jean-Jacques BOURDIN
Il n’est pas question aujourd’hui ?
Ségolène ROYAL
Non, je veux dire par-là, la question, ce sujet-là, ne doit pas être posé en préalable. La question qui doit être posée, c’est comment améliorer ce traité pour que les objectifs de lutte contre le chômage, contre la précarité, contre la dépression économique soient atteints. Tout le monde a envie de sortir, Angela MERKEL, aussi, a envie de sortir de la crise économique. Ce qu’elle ne veut pas, c’est que l’Allemagne paie pour les autres pays. Résumons les choses très simplement. Donc il faut la rassurer sur ce sujet-là et en même temps comprendre que ce qui fait la force de l’Europe, c’est quand même la solidarité entre les Etats. Et que tout le monde a intérêt à qu’aucun Etat ne bascule dans la crise et dans la remise en cause de la zone euro. Il y a eu des précédents, l’Argentine, par exemple, est un pays qui a été au bord de la faillite, jamais on a pensé que l’Argentine réussirait à se relever. Et un jour, l’Argentine a dit : maintenant ça suffit ! Nous reprenons le pouvoir sur notre avenir et ce n’est plus le Fonds Monétaire International, qui va faire la loi. Et quand le Fonds Monétaire International a dit à l’Argentine ou au Brésil, moi, je me souviens d’avoir parlé avec le président LULA, allez ! Vous supprimez votre Sécurité sociale, vous arrêtez de payer les retraités, vous supprimez la fonction publique, à un moment, ils ont vu, leur pays se dégrader, tellement dramatiquement, les gens à genoux, ils ont dit : maintenant, ça suffit ! On va remettre en place d’autres règles du jeu. Ils ont nationalisé les banques, ils ont repris en main, la commande publique, et aujourd’hui, ces pays ont entre 8 et 10 % de croissance. Donc vous voyez, c’est important que les Français comprennent, qu’il y a de l’espérance pour faire autrement, pour sortir du trou et pour reprendre le chemin du progrès économique et pour trouver aux jeunes du travail. Taux de chômage en Grèce des jeunes, 45 %. Si nous n’y prenons pas garde, la France peut très bien suivre ce chemin, si rien ne change. Et François HOLLANDE il a été élu pour changer. Et les solutions existent, la preuve, c’est que d’autres pays, à l’échelle de la planète sont sortis de cette spirale effroyable, des restrictions sociales, des sacrifices sociaux, toujours imposés aux mêmes et qui mènent à rien. Au contraire la crise entraînant la crise.
Jean-Jacques BOURDIN
Le changement ne va pas être facile, hein, ça ne va pas être facile, Ségolène ROYAL.
Ségolène ROYAL
Non, ce n’est pas facile, mais c’est un défi que nous devons impérativement réussir.
Jean-Jacques BOURDIN
Alors, pour changer, dites-vous, il faut absolument avoir une majorité stable, à l’Assemblée nationale.
Ségolène ROYAL
C’est très important. Nous n’allons pas ajouter une crise politique à une crise économique, sociale, morale, telle que celle que nous la connaissons.
Jean-Jacques BOURDIN
Mais, hier, Henri GUAINO était à votre place, hier, là, et il nous disait : la cohabitation, c’est inscrit dans la Constitution de la Vème République, c’est logique, c’est comme ça que fonctionne la Vème République.
Ségolène ROYAL
Sauf que là, les Français ont choisi le changement, il n’y a jamais eu de cohabitation après l’élection d’un nouveau président de la République. Il y a eu cohabitation lorsque la durée du mandat du président de la République était de sept ans et ne coïncidait pas avec la durée du mandat de 5 ans, de l’Assemblée nationale, donc, il y avait parfois des difficultés, effectivement, au bout de 5 ans, les Français pouvaient changer de majorité pour les deux dernières années qui restaient du septennat. Aujourd’hui, la durée du quinquennat a été harmonisée avec la durée du mandat de l’Assemblée nationale, et il est absolument crucial que les Français qui viennent de voter pour le changement, donnent une majorité à ce changement, et en plus, ce qui est extraordinaire, pour la première fois depuis le début de la Vème République, le Sénat et l’Assemblée nationale seront de la même majorité, c’est-à-dire que le président de la République, le gouvernement, l’Assemblée nationale, le Sénat et la plupart des collectivités territoriales, seront inspirés et agiront dans la même direction. Donc, c’est un gage d’efficacité économique. Il faudra que les contrepouvoirs fonctionnent. Il n’y a pas de République sans contrepouvoir. Il y aura donc l’opposition au Parlement…
Jean-Jacques BOURDIN
Oui, mais pourquoi ?
Ségolène ROYAL
Il y a le contrepouvoir de la presse, et il y a le contrepouvoir des corps de contrôle des fonctions de l’Etat, la Cour des Comptes, etc. Il faut que les contrepouvoirs fonctionnent dans une société, bien évidemment.
Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que vous serez candidate à la présidence de l’Assemblée nationale ?
Ségolène ROYAL
Alors, je ne ferai pas non plus l’erreur que font d’autres…
Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais vous avez dit samedi, à La Rochelle : « Je n’ai pas à le cacher, ça ne sera pas un handicap vis-à-vis des électeurs, d’être candidate à la présidence de l’Assemblée nationale ».
Ségolène ROYAL
Mais, je n’ai pas fait…
Jean-Jacques BOURDIN
C’est ce que vous avez dit, samedi, à La Rochelle.
Ségolène ROYAL
Mais je n’ai pas fait l’annonce, on m’a demandé si c’était un handicap, vous voyez le poids des mots que je prononce, donc, je maitrise chaque mot que je prononce, parce que j’en connais le poids médiatique. Et conformément à ce que j’ai dit tout à l’heure, la journée d’aujourd’hui a été…
Jean-Jacques BOURDIN
C’est un secret de Polichinelle quand même, votre candidature, franchement…
Ségolène ROYAL
Vous êtes très habile, mais moi peut-être encore plus !
Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais, franchement…
Ségolène ROYAL
La journée d’aujourd’hui est une journée historique, cruciale, laissons-lui toute son ampleur, toute son espace…
Jean-Jacques BOURDIN
Allez, nous verrons cela.
Ségolène ROYAL
Et nous verrons cela plus tard.
Jean-Jacques BOURDIN
Plus tard. Bien, Ségolène ROYAL, merci d’être venue nous voir ce matin.
Ségolène ROYAL
Notre invitée ce matin, Ségolène ROYAL. Bonjour…Ségolène ROYAL
Bonjour.Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL. Alors, nous avons appris, de la bouche de monsieur JOUYET, Jean-Pierre JOUYET, que vous connaissez bien…Ségolène ROYAL
Oui.Jean-Jacques BOURDIN
Que Jean-Marc AYRAULT allait être nommé Premier ministre. Enfin, il a dit, précisément, à Jean-Michel APHATIE sur RTL, il a dit « Jean-Marc AYRAULT sera nommé Premier ministre, je le pense. » Vous pensez la même chose ?Ségolène ROYAL
C’est surtout une gaffe.Jean-Jacques BOURDIN
C’est une gaffe ?Ségolène ROYAL
Oui, ce n’est pas bien de faire ça.Jean-Jacques BOURDIN
Pourquoi ce n’est pas bien ?Ségolène ROYAL
Ce n’est pas bien, parce qu’il faut respecter les institutions de la République française, et c’est au secrétaire général de l’Elysée d’annoncer, sur le perron de l’Elysée, sur instruction du président de la République, qui sera le chef de gouvernement, et à personne d’autre, et certainement pas à quelqu’un qui veut faire croire qu’il est dans le secret, puisque tant que cette nomination n’a pas eu lieu, rien n’est fait.Jean-Jacques BOURDIN
Mais vous saviez quand même, Jean-Marc AYRAULT était le favori, c’était un peu un secret de polichinelle, non ?Ségolène ROYAL
Ne comptez pas sur moi pour faire la même erreur… j’ai le sens des responsabilités et le sens de l’Etat.Jean-Jacques BOURDIN
Non, non, mais… vous auriez choisi, c’est un bon choix Jean-Marc AYRAULT ?Ségolène ROYAL
Je vous ferai la même réponse.Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais au-delà de la langue de bois, on verra s’il est choisi comme Premier ministre, mais c’est un bon choix ?Ségolène ROYAL
Mais, je vous le dirai, dès qu’il sera nommé. Franchement, je vous dirai en toute liberté ce que j’en pense.Jean-Jacques BOURDIN
Ce que vous en pensez, bon ! Mais Jean-Pierre JOUYET, pourtant, c’est un proche de François HOLLANDE, Ségolène ROYAL.Ségolène ROYAL
Oui, c’est pour ça qu’il aurait d’autant plus être vigilant et respectueux de François HOLLANDE.Jean-Jacques BOURDIN
Bon ! Ça peut ternir cette première journée, de présidence, pour François HOLLANDE ? Franchement.Ségolène ROYAL
Il ne faut pas que ça se renouvelle, voilà.Jean-Jacques BOURDIN
C’est-à-dire ?Ségolène ROYAL
C’est-à-dire, aujourd’hui c’est une journée cruciale, c’est une journée importante, fortement symbolique, dans le fonctionnement de la République, c’est la passation de pouvoir, c’est-à-dire le moment où les Français vont assister à la concrétisation de leur vote, pour l’instant ils n’ont pas vu concrètement comment les choses se traduisaient, donc là il va y avoir la transmission du pouvoir, et dans une République c’est un moment solennel, qui est très important, et qui doit être respecté en tant que tel.Jean-Jacques BOURDIN
Ça peut ternir donc, à vos yeux… c’est-à-dire qu’on ne va parler que de ça, quoi ! Si j’ai bien compris.Ségolène ROYAL
Ternir, le ternir, le mot….Jean-Jacques BOURDIN
Ternir, le mot est peut-être un peu fort…Ségolène ROYAL
Le mot est un peu fort, mais disons…Jean-Jacques BOURDIN
Oui, c’est un peu fort.Ségolène ROYAL
Il faut que chacun s’en tienne…Jean-Jacques BOURDIN
Ça va alimenter la chronique.Ségolène ROYAL
A ce qu’il doit faire, et n’empiète pas sur les compétences qui ne se sont pas les leurs.Jean-Jacques BOURDIN
Vous ne serez pas à l’Elysée tout à l’heure.Ségolène ROYAL
Mais là aussi, est-ce que c’est une question importante ?Jean-Jacques BOURDIN
Non non, mais d’accord, mais, vous le regrettez ou pas ?Ségolène ROYAL
Je ne veux pas faire d’incident dans l’incident, mais… ou d’histoire…Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais vous le regrettez ou pas, sincèrement ? Soyons sincères.Ségolène ROYAL
Je ne le regrette pas puisque je l’ai décidé.Jean-Jacques BOURDIN
C’est vous qui l’avez décidé ?Ségolène ROYAL
Oui, c’est moi qui l’ai décidé.Jean-Jacques BOURDIN
Pourquoi ?Ségolène ROYAL
Non, mais… est-ce que c’est une question importante ?Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais pourquoi ?Ségolène ROYAL
Là aussi, revenons aux fondamentaux de cette journée.Jean-Jacques BOURDIN
Ne vous inquiétez pas, on va revenir…Ségolène ROYAL
Ecoutez, vous me faites l’honneur de me donner quelques minutes sur votre antenne, je préférerai parler de la journée d’aujourd’hui, de sa force symbolique…Jean-Jacques BOURDIN
Mais on va parler de cette journée, de la force symbolique…Ségolène ROYAL
De ce qui va se passer, de l’engagement pour les Français, de l’attente du changement.Jean-Jacques BOURDIN
Mais pourquoi avoir voulu ne pas être à l’Elysée aujourd’hui, quand même, Ségolène ROYAL ?Ségolène ROYAL
Ce n’est vraiment pas un sujet.Jean-Jacques BOURDIN
Non, vraiment pas ?Ségolène ROYAL
Non, ce n’est vraiment pas un sujet.Jean-Jacques BOURDIN
Et est-ce que c’est vous qui avez voulu que vos enfants n’y aillent pas ?Ségolène ROYAL
Ce sont eux.Jean-Jacques BOURDIN
Ce sont eux ?Ségolène ROYAL
Vous savez…Jean-Jacques BOURDIN
Disons les choses Ségolène ROYAL…Ségolène ROYAL
Ecoutez, disons les choses…Jean-Jacques BOURDIN
Parce que, vous le savez, les Français s’interrogent, vous le savez bien.Ségolène ROYAL
Non, les Français attendent ce qui va changer concrètement pour eux dans leur vie quotidienne, comment la France va sortir…Jean-Jacques BOURDIN
Ça, je suis bien d’accord avec vous.Ségolène ROYAL
De l’ornière dans laquelle elle est aujourd’hui.Jean-Jacques BOURDIN
Ça on est bien d’accord.Ségolène ROYAL
Vous êtes d’accord avec moi…Jean-Jacques BOURDIN
Il n’y a pas d’état de grâce, on va en parler.Ségolène ROYAL
Et pas de savoir qui est là, qui n’est pas là, comment ça s’est passé. Moi je ne veux pas alimenter cette chronique. En même temps je considère que vos questions sont légitimes, si vous les posez, vous êtes, vous, au contact des auditeurs, des téléspectateurs…Jean-Jacques BOURDIN
Qui s’interrogent.Ségolène ROYAL
Voilà, et donc vos questions sont légitimes aussi. Donc, je vais y répondre très simplement, les choses sont très très simples. En ce qui me concerne, je pense que ma responsabilité de femme d’Etat, m’a fait évaluer la situation. Et je pense que dans ce moment, précisément pour que cette place soit pleinement occupé par le nouveau président de la République, que je me devais d’être momentanément en retrait. Pour qu’il n’y ait pas justement, de digression sur d’autres sujets, je suis l’ancienne candidate, nous avons eu une vie commune longue…Jean-Jacques BOURDIN
Une vie commune, oui, oui. Ségolène ROYAL
Très longue, je l’ai dit, ça m’aurait fait plaisir d’être là, ensuite, il y a eu la pression médiatique qui a monté. Songez qu’une chaîne de télévision, voulait même m’emmener de mon domicile en caméra embarquée, jusqu’à l’Elysée. J’ai dit, mais attendez, ce n’est pas moi, qui était élue. Et donc j’ai pensé en responsabilité, qu’il était bon pour le nouveau président de la République et pour l’histoire qui est en train de s’écrire, que je reste momentanément en retrait. Quant à mes enfants…Jean-Jacques BOURDIN
Oui. Ségolène ROYAL
Contrairement à ce qui a été écrit dans certains journaux et ça je tiens à le dire, ce sont eux qui ont pris cette décision. Ce n’est pas vrai, qu’ils n’ont pas été invités. J’entends les communicants réécrire l’histoire là aussi, pour se donner de l’importance, et raconter qu’ils ont voulu une cérémonie sobre et donc que les enfants n’ont pas été invités. Pas du tout ! Nos enfants ont été invités par leur père, et je crois que c’était affectueux et il a bien fait de le faire. Et là aussi, en en parlant tous les quatre, ils ont considéré pour plusieurs raisons…Jean-Jacques BOURDIN
Pourquoi ? Pourquoi ? Ségolène ROYAL
Pour plusieurs raisons. D’abord parce qu’ils sont intelligents et fins et ils ont tout de suite compris qu’il y aurait en image un parallèle entre ce qui s’est passé, il y a en 2007 et aujourd’hui. Ils ne voulaient pas de cette image en parallèle. Là aussi ! Pour qu’il n’y ait pas de digression, dans l’histoire principale qui est en train de s’écrire. Et ensuite, ils ne souhaitent pas être surexposés. Et pourtant, vous savez l’un d’eux, Thomas a fait un travail formidable dans cette campagne, notamment dans la campagne Internet…Jean-Jacques BOURDIN
Il a envie de faire de la politique d’ailleurs, Thomas, un jour ? Ségolène ROYAL
Pas pour l’instant. Jean-Jacques BOURDIN
Pas pour l’instant. Ségolène ROYAL
Pas pour l’instant, parce qu’il sait précisément, que s’il s’engage en politique, on dira que c’est grâce à son père ou que c’est grâce à sa mère…Jean-Jacques BOURDIN
Ce qui s’est passé avec le fils de Nicolas SARKOZY, par exemple ? Ségolène ROYAL
Voilà ! Ecoutez, que les erreurs des autres sans les accabler servent de leçon et nous servent à réussir collectivement cette journée très importante. Jean-Jacques BOURDIN
Bien, cette mise au point était importante. Merci, de l’avoir fait sur RMC et BFM TV, ce matin, Ségolène ROYAL. Ségolène ROYAL
Voilà !Jean-Jacques BOURDIN
On va parler maintenant de politique, on va parler de la première journée de François HOLLANDE, de cette rencontre si importante avec Angela MERKEL à Berlin, on va parler de l’état de grâce qui n’existe pas. Il n’y a pas d’état de grâce, pour la première fois peut-être dans l’histoire de la République, parce que la situation est urgente, parce que la France est en difficultés. Ségolène ROYAL, notre invitée, tout de suite, dans 2 minutes nous retrouvons Ségolène ROYAL. A tout de suite.
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Jean-Jacques BOURDIN
Ségolène ROYAL est notre invitée, ce matin. Il est 9 heures moins le quart. Je le disais tout à l’heure, Ségolène ROYAL, pas d’état de grâce pour le nouveau président ? Vous en convenez ?Ségolène ROYAL
C’est vrai. Oui.Jean-Jacques BOURDIN
Ce qui est tout nouveau ?Ségolène ROYAL
Il en est conscient et…Jean-Jacques BOURDIN
Il en est conscient ?Ségolène ROYAL
Et nous en sommes tous collectivement conscients. Pourquoi ? Parce que la situation est quand même terrible. Les gens ont peur, ils ont peur que la France devienne la Grèce. Donc ils ont choisi le changement, ils ont choisi le changement, en espérant qu’il y a d’autres solutions. Et c’est en même temps un défi, extraordinaire de démontrer qu’il y a en effet, d’autres solutions. Et ces solutions commencent par l’Europe. D’où le déplacement très important et pas seulement symbolique, mais très important, de François HOLLANDE en Allemagne.Jean-Jacques BOURDIN
Alors François HOLLANDE qui veut un pacte de croissance pour compléter le pacte budgétaire. Ce fameux pacte budgétaire, signé en mars, qui institutionnalise en quelque sorte la rigueur et l’austérité. Notamment dans les finances publiques. Mais est-ce qu’on peut conjuguer les deux ? Est-ce qu’il peut obtenir cela de madame MERKEL ?Ségolène ROYAL
Je le pense. Vraiment !Jean-Jacques BOURDIN
Vous le pensez ?Ségolène ROYAL
C’est non seulement, une obligation d’obtenir ça, une obligation pour le futur, pour l’avenir de l’Europe, pour l’avenir des peuples, mais c’est aujourd’hui, une situation qui est mure pour que les choses évoluent. D’abord, il faut que madame MERKEL tienne compte du vote du peuple français, elle va avoir le nouveau président de la République en face d’elle, qui vient d’être élu. Elle-même vient de perdre des élections locales, très importantes, donc elle est en fragilité dans son pays. Je veux dire par-là que, l’Allemagne ce n’est pas madame MERKEL toute seule. Il y a aussi, en Allemagne des forces politiques qui demandent, une autre politique européenne. Non pas pour revenir sur la nécessité de lutter contre les déficits, ça c’est très important, nous n’avons d’ailleurs jamais remis en cause, cette nécessité là, mais pour être un peu plus imaginatif et pour mobiliser, les fonds européens et les mouvements de capitaux, vers l’investissement productif. Il est là, l’enjeu majeur. Pourquoi y a-t-il autant de déplacement de milliards d’euros à l’échelle de la planète, de milliards de dollars à des fins de recherche, de rendements spéculatifs ? Et pourquoi les dirigeants représentants les peuples n’ont jusqu’ici, pas eu la capacité de mettre des règles, pour que l’argent aille d’abord au développement économique, à la relance des entreprises, à la création d’emploi, au pouvoir d’achat, plutôt qu’aux placements spéculatifs ? Alors il y a des solutions très concrètes, très opérationnelles, d’abord la taxation des mouvements de capitaux, c’est la moindre des choses. Pour décourager ces mouvements de capitaux et pour lever des crédits qui pourront être investis dans des grands travaux créateurs d’activités et d’emplois. Deuxièmement, la réforme bancaire, il est impératif que lorsque les Etats renflouent les banques, les Etats entrent au capital de ces banques pour que les ressources bancaires aillent prioritairement au développement des entreprises plutôt qu’à la spéculation et puis la défense du pouvoir d’achat. Ce n’est pas en faisant des coupes drastiques, dans les salaires, dans les retraites, songez que les Grecs ont connu 25 % de baisses des salaires en un an. Et les prix n’ont pas diminué eux. Donc vous imaginez les niveaux de pauvreté, de précarité, de mendicité, de mendicité dans un pays européen !Jean-Jacques BOURDIN
Petites parenthèses sur la Grèce, est-ce qu’on doit absolument garder la Grèce dans l’euro ? Parce qu’il y a un débat qui s’installe en Europe ?Ségolène ROYAL
Il y a un débat. Posons le débat.Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que vous, vous êtes fermement décidée, est-ce que la Grèce reste dans l’euro ? Ou garde l’euro ?Ségolène ROYAL
Les réponses, vous savez les réponses comme ça, carrées, de technocrates, il faut que la Grèce reste dans l’euro, sinon c’est très dangereux, etc. Les gens n’écoutent plus ces réponses-là. D’où les résultats des élections en Grèce, donc il faut aujourd’hui, avoir la capacité d’expliquer pourquoi il est important de rester dans l’euro. Car il y a une grosse erreur qui a été faite lors de la construction de la zone euro, c’est qu’il n’y a pas eu de gouvernement économique mise en place en même temps, que la zone euro. C’est-à-dire des hommes et des femmes élus du peuple qui décident…Jean-Jacques BOURDIN
Mais il est trop tard ?Ségolène ROYAL
Non, il n’est pas trop tard ! Il n’est pas trop tard ! Et aujourd’hui, qui décide ? C’est le Fonds Monétaire International, c’est la Commission européenne qui n’est pas élue. C’est la Banque Centrale Européenne qui fait sa loi, alors qu’il y a des chefs d’Etat, des chefs de gouvernement, des élus représentants du peuple, qui n’ont, eux, jamais le droit à la parole. Donc il faut remettre de l’ordre aussi, dans les institutions européennes, pour qu’il y ait un vrai gouvernement politique qui décide de l’orientation de l’Europe…Jean-Jacques BOURDIN
C’est ce que va dire François HOLLANDE à Angela MERKEL, aussi ce soir ?Ségolène ROYAL
C’est ce qu’il a dit pendant sa campagne…Jean-Jacques BOURDIN
Oui. Et c’est ce qu’il va dire ce soir ?Ségolène ROYAL
Et je suppose qu’en cohérence, puisque c’est un homme cohérent, que c’est ce qu’il va dire ce soir à Angela MERKEL.Jean-Jacques BOURDIN
Angela MERKEL, est-ce qu’il va lui dire qu’il n’est toujours pas question de faire ratifier le traité en l’état, en France ?Ségolène ROYAL
La question juridique de la ratification, de la forme des textes, doit être revue après l’objectif politique. Souvent les négociations internationales échouent lorsque l’on d’abord de la forme avant de parler du fond…Jean-Jacques BOURDIN
Donc en l’état, on ne ratifie pas le traité ?Ségolène ROYAL
En l’état, ce qu’il faut faire émerger, entre la France et l’Allemagne, ce sont les objectifs communs que nous voulons atteindre.Jean-Jacques BOURDIN
Oui, mais aujourd’hui, comme il n’y a que, si je comprends bien, dans ce traité, un côté rigueur austérité, on ne ratifie pas ce traité en l’état ?Ségolène ROYAL
La question ne se pose pas aujourd’hui.Jean-Jacques BOURDIN
Il n’est pas question aujourd’hui ?Ségolène ROYAL
Non, je veux dire par-là, la question, ce sujet-là, ne doit pas être posé en préalable. La question qui doit être posée, c’est comment améliorer ce traité pour que les objectifs de lutte contre le chômage, contre la précarité, contre la dépression économique soient atteints. Tout le monde a envie de sortir, Angela MERKEL, aussi, a envie de sortir de la crise économique. Ce qu’elle ne veut pas, c’est que l’Allemagne paie pour les autres pays. Résumons les choses très simplement. Donc il faut la rassurer sur ce sujet-là et en même temps comprendre que ce qui fait la force de l’Europe, c’est quand même la solidarité entre les Etats. Et que tout le monde a intérêt à qu’aucun Etat ne bascule dans la crise et dans la remise en cause de la zone euro. Il y a eu des précédents, l’Argentine, par exemple, est un pays qui a été au bord de la faillite, jamais on a pensé que l’Argentine réussirait à se relever. Et un jour, l’Argentine a dit : maintenant ça suffit ! Nous reprenons le pouvoir sur notre avenir et ce n’est plus le Fonds Monétaire International, qui va faire la loi. Et quand le Fonds Monétaire International a dit à l’Argentine ou au Brésil, moi, je me souviens d’avoir parlé avec le président LULA, allez ! Vous supprimez votre Sécurité sociale, vous arrêtez de payer les retraités, vous supprimez la fonction publique, à un moment, ils ont vu, leur pays se dégrader, tellement dramatiquement, les gens à genoux, ils ont dit : maintenant, ça suffit ! On va remettre en place d’autres règles du jeu. Ils ont nationalisé les banques, ils ont repris en main, la commande publique, et aujourd’hui, ces pays ont entre 8 et 10 % de croissance. Donc vous voyez, c’est important que les Français comprennent, qu’il y a de l’espérance pour faire autrement, pour sortir du trou et pour reprendre le chemin du progrès économique et pour trouver aux jeunes du travail. Taux de chômage en Grèce des jeunes, 45 %. Si nous n’y prenons pas garde, la France peut très bien suivre ce chemin, si rien ne change. Et François HOLLANDE il a été élu pour changer. Et les solutions existent, la preuve, c’est que d’autres pays, à l’échelle de la planète sont sortis de cette spirale effroyable, des restrictions sociales, des sacrifices sociaux, toujours imposés aux mêmes et qui mènent à rien. Au contraire la crise entraînant la crise.Jean-Jacques BOURDIN
Le changement ne va pas être facile, hein, ça ne va pas être facile, Ségolène ROYAL.Ségolène ROYAL
Non, ce n’est pas facile, mais c’est un défi que nous devons impérativement réussir.Jean-Jacques BOURDIN
Alors, pour changer, dites-vous, il faut absolument avoir une majorité stable, à l’Assemblée nationale.Ségolène ROYAL
C’est très important. Nous n’allons pas ajouter une crise politique à une crise économique, sociale, morale, telle que celle que nous la connaissons.Jean-Jacques BOURDIN
Mais, hier, Henri GUAINO était à votre place, hier, là, et il nous disait : la cohabitation, c’est inscrit dans la Constitution de la Vème République, c’est logique, c’est comme ça que fonctionne la Vème République.Ségolène ROYAL
Sauf que là, les Français ont choisi le changement, il n’y a jamais eu de cohabitation après l’élection d’un nouveau président de la République. Il y a eu cohabitation lorsque la durée du mandat du président de la République était de sept ans et ne coïncidait pas avec la durée du mandat de 5 ans, de l’Assemblée nationale, donc, il y avait parfois des difficultés, effectivement, au bout de 5 ans, les Français pouvaient changer de majorité pour les deux dernières années qui restaient du septennat. Aujourd’hui, la durée du quinquennat a été harmonisée avec la durée du mandat de l’Assemblée nationale, et il est absolument crucial que les Français qui viennent de voter pour le changement, donnent une majorité à ce changement, et en plus, ce qui est extraordinaire, pour la première fois depuis le début de la Vème République, le Sénat et l’Assemblée nationale seront de la même majorité, c’est-à-dire que le président de la République, le gouvernement, l’Assemblée nationale, le Sénat et la plupart des collectivités territoriales, seront inspirés et agiront dans la même direction. Donc, c’est un gage d’efficacité économique. Il faudra que les contrepouvoirs fonctionnent. Il n’y a pas de République sans contrepouvoir. Il y aura donc l’opposition au Parlement…Jean-Jacques BOURDIN
Oui, mais pourquoi ?Ségolène ROYAL
Il y a le contrepouvoir de la presse, et il y a le contrepouvoir des corps de contrôle des fonctions de l’Etat, la Cour des Comptes, etc. Il faut que les contrepouvoirs fonctionnent dans une société, bien évidemment.Jean-Jacques BOURDIN
Est-ce que vous serez candidate à la présidence de l’Assemblée nationale ?Ségolène ROYAL
Alors, je ne ferai pas non plus l’erreur que font d’autres…Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais vous avez dit samedi, à La Rochelle : « Je n’ai pas à le cacher, ça ne sera pas un handicap vis-à-vis des électeurs, d’être candidate à la présidence de l’Assemblée nationale ».Ségolène ROYAL
Mais, je n’ai pas fait…Jean-Jacques BOURDIN
C’est ce que vous avez dit, samedi, à La Rochelle.Ségolène ROYAL
Mais je n’ai pas fait l’annonce, on m’a demandé si c’était un handicap, vous voyez le poids des mots que je prononce, donc, je maitrise chaque mot que je prononce, parce que j’en connais le poids médiatique. Et conformément à ce que j’ai dit tout à l’heure, la journée d’aujourd’hui a été…Jean-Jacques BOURDIN
C’est un secret de Polichinelle quand même, votre candidature, franchement…Ségolène ROYAL
Vous êtes très habile, mais moi peut-être encore plus !Jean-Jacques BOURDIN
Non, mais, franchement…Ségolène ROYAL
La journée d’aujourd’hui est une journée historique, cruciale, laissons-lui toute son ampleur, toute son espace…Jean-Jacques BOURDIN
Allez, nous verrons cela.Ségolène ROYAL
Et nous verrons cela plus tard.Jean-Jacques BOURDIN
Plus tard. Bien, Ségolène ROYAL, merci d’être venue nous voir ce matin.Ségolène ROYAL
Agenda média de Ségolène Royal jusqu’au 17 mai
Mardi 15 mai
8h30 : Invitée de Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV et RMC
Mercredi 16 mai
19h : Invitée de Ruth Elkrief sur BFM TV Lire la suite
« Une semaine avec Ségolène Royal » dans Sept à Huit sur TF1
A voir aussi sur myTF1 (accessible uniquement en France).
Ségolène Royal était l’invitée du Grand Rendez-vous Europe1, I Télé et Le Parisien
Ségolène Royal était l’invitée de la matinale de Canal +
Vous pouvez revoir l’interview de Ségolène Royal sur le site de Canal + (à partir de la 24ème minute – 2ème partie)
Ségolène Royal était l’invitée de Arlette Chabot sur Europe 1
Ségolène Royal invitée de Christophe Barbier sur I Télé
Ségolène Royal était l’invitée du Grand Journal de Canal+
Ségolène Royal à la Bastille : « Cette Victoire c’est la votre ! »
Bravo et merci. Peuple de France. Discours de Ségolène Royal à la Bastille le 6 mai 2012 Bravo et merci. Peuple de France. Peuple libre ! Peuple fier ! Peuple rebelle ! Peuple rebelle et qui le restera. Avec nous, avec la gauche, le peuple restera au cœur de tout et en … Lire la suite
