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La lettre d’Edgar Morin et de nouveaux témoignages reçus par Ségolène Royal

Une belle lettre d’Edgar Morin

Très chère Ségolène,

Nous avons partagé votre chagrin et nous voulons vous témoigner notre amitié.
Il vous faut tirer les bénéfices secondaires de l’épreuve, qui sont d’une part la possibilité d’une réflexion approfondie, d’autre part la poursuite de votre oeuvre en Poitou-Charente pour en faire un grand exemple pour la Nation.

A mon  avis votre réflexion devrait porter sur l’approfondissement de la notion de démocratie participative, qui était votre et que vous semblez avoir négligé. C’est de continuer sur votre ligne maitresse d’ordre juste et d’une union entre le patriotisme hérité de notre Révolution et l’universalisme hérité du socialisme , l’un et l’autre nécessaires. Et je pense que vous pouvez puiser des éléments à intégrer pour un pensée politique novatrice de notre petit livre de Hessel et moi « Le chemin de l’espérance ». Vous avez subi l’injustice de ne pas être vraiment soutenue pour la précédente élection présidentielle ni pour la conduite du parti, mais c’est parce que vous avez été hors normes que vous avez subi l’échec.  Comme a dit Nietzsche « tu périras par tes vertus ». Mais ne vous normalisez pas, l’avenir sera pour ce qui est aujourd’hui hors norme.

Avec notre affectueuse amitié

Edgar Morin


Chère Ségolène,

Il y a déjà très longtemps je voulais vous envoyer ce célèbre poème de Rudyard Kipling que vous connaissez très certainement.
Aujourd’hui, je crois qu’il n’a jamais été autant de circonstance. Alors je me décide et vous invite à le relire ci dessous.
Amitiés fidèles

Alain Supplisson

“SI”
Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tous jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire


Chère Madame,

Bonjour,

Je suis chaque jour plus fier de croire en vous : votre intelligence mêlée à votre hauteur de vue, votre créativité et votre courage (entre autres qualités précieuses pour notre temps historique) vous guident le plus souvent vers les bons choix, les bons projets, les bonnes idées, les bonnes actions… les bonnes paroles.

Mais je dois dire que depuis le premier tour des primaires et votre intervention au 20h00 de FRANCE 2, vous êtes montée d’un cran supplémentaire, celui de l’autorité politique, morale, de fait : une leçon de stature de femme ou homme d’état, une leçon de Politique, tout simplement; le bon choix, les bons arguments pour le porter, les bons mots pour le dire… Cela jette une lumière encore plus cruelle sur l’attitude médiocre de vos concurrents « Socialistes » en 2006/2007, puis au Congrès de Reims et enfin dans les années qui suivirent !

En fait, la « Patronne », c’est vous; vous avez tout :
La vision,
Les idées,
L’intelligence,
Le courage,
L’autorité,
L’écoute,
Le sens de l’état…

Vous leur avez tout pris et ils le savent trop bien…

Or l’histoire et la vie sont là en marche et nous avec : 2011, 2012 … 2017 …
Les dangers des extrêmes, la folie des « puissants », les menaces de toutes parts…

Face à tout cela, face à cette époque, dans ce moment historique hors norme, vous êtes et serez plus que jamais un recours rare, précieux… unique !

Et pour ma part je continue de croire que vous serez un jour le recours suprême de notre Démocratie : il est des défaites en « trompe-l’oeil » ! Le temps fera son oeuvre…

Merci, bravo et à très vite Madame la Présidente !

Thierry


Madame Royal,

Je voulais simplement vous dire que j’ai un profond respect pour la femme politique que vous êtes, indépendante, combatante et sincère, et c’est avec beaucoup d’enthousiasme et beaucoup de conviction que j’ai fait campagne pour vous depuis un an. Résolument centriste à l’origine, c’est vous, avec la force de vos idées, qui m’avez amené progressivement vers la gauche depuis 2007.

Dimanche soir, vous m’avez ému aux larmes parce que vous ne méritiez pas une telle défaite. Mais j’aimerais vous dire que vous ne devez pas avoir de regrets. Ce ne sont pas vos idées que les Français ont rejetées le 9 octobre mais bien la page de 2007 qu’ils ont voulu tourner. Vos idées en revanche trouvent un écho favorable dans toutes les couches de la société. Les gens de gauche comme de droite admirent votre sens politique, votre avant-gardisme, votre proximité avec le peuple et votre courage. Ils n’ont simplement pas compris que les cirsconstances de 2012 seraient différentes de celles de 2007 et que vous pouviez réussir là où vous aviez échoué la première fois. Leur prudence a été à mon sens une erreur mais l’histoire est ainsi écrite. Cette année, malgré toute votre détermination, vous n’aviez plus les clés de votre destin en main.

Maintenant que vous n’êtes plus dans les habits de la candidate, les Français vont pouvoir découvrir sous un nouveau jour ce que vous êtes : une femme d’action et de conviction au service de son pays. Ils vont sans doute réaliser aussi à quel point vos idées et votre vision d’une société plus juste ont fait leur chemin à gauche, jusqu’à imprégner toute notre vie politique.

Continuez à être une femme debout, libre et loyale à la fois. Ce lien que vous avez avec les Français ne s’est pas brisé dimanche, il a juste changé de nature. Mais soyez-en certaine, quelque soit votre destin national, vous avez d’ores et déjà votre place dans les livres d’Histoire.

Excellente continuation à vous. Je vous souhaite de nombreux bonheurs politiques à venir.

Avec tout mon respect et toute mon admiration.

Mathieu G.

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Photo: Razak